mardi 17 décembre 2013

Google à la pointe des technos robotiques avec le rachat de Boston Dynamics

Boston Dynamics : des supers technos financées
par la Darpa
Ça va très vite. Le 5 décembre je parlais sur ce blog des ambitions de Google dans la robotique, de ses rachats d’entreprises du secteur – sept au total depuis six mois - et du fait que ce n’était pas terminé.

Eh bien, ça se confirme. On peut lire aujourd’hui un peu partout une info choc :  Google vient de racheter une huitième entreprise et vraiment pas n’importe laquelle : Boston Dynamics fabricant de robots militaires hyper sophistiqués et financé notamment par la Défense américaine (la Darpa).

Comme on peut lire cette info à droite et à gauche je ne m’appesantis pas. Simplement, je vous conseille vraiment d’aller voir ces étonnants robots sur le site de Boston Dynamics. Vous pourrez y constater à quel point Google se dote de technologies de pointe ce qui est clairement l'unique motivation de cette acquisition et  en dit long sur ambitions en matière de robotique.

 Et, pour le contexte, je vous invite à lire le post du 5 décembre qui raconte les motivations de Google.

C'est tout pour aujourd'hui !

lundi 16 décembre 2013

Comment Air Liquide résout l’équation de l’innovation

Le fablab de l'i-Lab. Belle devise !
Inspiré par les travaux d’Armand Hatchuel, Pascal Le Masson et Benoît Weil enseignants-chercheurs de Mines Paris Tech, je notais dans le livre que j’ai consacré à l’innovation (« La vraie nature de l’innovation » voir ci contre) que « le classique modèle de R&D n’est pas adapté à l’innovation. » Ces chercheurs proposaient un autre modèle la « RID », avec un I pour « innovation » plus à même de favoriser le développement d’idées nouvelles.

Aujourd’hui, le groupe Air Liquide semble avoir fait sien ce point de vue en dévoilant sa nouvelle structure précisément dédiée à mettre le I d’innovation au cœur des développements du groupe. Il n’est pas le premier à le faire, mais sa démarche est instructive.

La structure s’appelle « i-Lab ». Elle est implantée au cœur de Paris – c’est-à-dire un peu à l’écart de la R&D du groupe, pour avoir sa vie propre -  et compte une quinzaine de personnes. La séparation d’avec les équipes de R&D n’est toutefois pas totale puisque l’i-Lab, dirigé par Grégory Olocco, est placé sous l’autorité d’Olivier Delabroy qui est… le responsable R&D de l’entreprise.

Cette structure pluridisciplinaire, avec ses ingénieurs, ses designers mais aussi des spécialistes des sciences humaines, a pour vocation d’explorer des idées nouvelles, de développer très vite des prototypes (notamment via son fab lab intégré) et d’expérimenter en vraie grandeur les fruits de ses travaux auprès d’utilisateurs. La « preuve de concept » est son ambition. Si elle est faite l’iLab passera ensuite la main à la R&D « traditionnelle ».

«  Nous sommes chargés d’identifier et de cartographier de nouvelles opportunités de croissance pour le Groupe. Nous  contribuons à décrypter les tendances, telles que la globalisation de l’industrie et les contraintes de ressources, les évolutions démographiques et de la consommation, l’urbanisation, les nouvelles technologies, pour mieux comprendre leur impact sur les usages des consommateurs » précise Grégory Olocco.

Autrement dit, il s’agit d’explorer tous les domaines « où le groupe a une légitimité » mais d’une façon radicalement différente de celle qui constitue le fonctionnement normal des équipes de R&D. Selon les termes d’Air Liquide, le laboratoire se veut ainsi  à la fois « think tank » et « corporate garage ». 

L’i-Lab travaillera à la fois sur des sujets de court et de long terme et aussi bien pour explorer de nouveaux marchés où le spécialiste des gaz peut se développer que pour mettre au point les technologies de production de ses « usines du futur ».

François Darchis membre du Comex en charge de l’innovation explique : « depuis une décennie pour assurer notre développement nous nous sommes efforcés de nous implanter dans de nouveaux pays, Chine, Moyen-Orient… ; désormais notre défi est de mieux comprendre ces marchés et de préparer l’avenir avec des innovations propres à satisfaire leurs besoins. » L’i-Lab français devrait ainsi être suivi de clones implantés à proximité des centres de R&D américains ou asiatiques du groupe qui compte quelque 6000 personnes en R&D.

 Parallèlement à cette annonce, Air Liquide a également présenté sa structure de capital risque, Aliad, hébergée dans les mêmes locaux et forte de 10 personnes. Elle a « vocation à investir dans des start-ups technologiques pour disposer d’un accès rapide et privilégié aux technologies développées ». Elle y consacrera « une centaine de millions d’euros d’ici à 2017. »

Après un an de fonctionnement Aliad  a déjà investi dans 5 entreprises. Parmi elle, l’australien Hydrexia qui propose des systèmes de stockage solides pour, l’hydrogène, les américains Terrajoule (pour la récupération de chaleur sur les unités de production d’hydrogène) et Plug Power (piles à combustibles pour chariots élévateurs).

lundi 9 décembre 2013

Le spectre de « la fin de l’emploi » resurgit… en version numérique

Et maintenant brisons les ordinateurs !
Il y avait eu le Luddisme, ce mouvement qui dans l’Angleterre du début du XIXè siècle avait vu les artisans s’opposer aux machines et les briser. Depuis, le terme Luddite  désigne, plutôt péjorativement, les ennemis de la technologie et de l’automatisation. Voici maintenant ceux que certains n’hésitent pas à baptiser « néo-Luddites » : issus pourtant du sérail numérique, ils s’inquiètent très sérieusement des conséquences dramatiques de ces technologies sur l’emploi.

Ces idées commencent à avoir un écho certain aux Etats-Unis. Leur fondement est le suivant : avec les fulgurants progrès du numérique, nous sommes désormais entrés dans une phase de formidable explosion de l’automatisation qui ne touche plus seulement l’industrie mais menace désormais quasiment tous les emplois de service et les tâches intellectuelles. L’impact sur l’emploi va être absolument dévastateur !

Cette inquiétude se nourrit en outre de la logique suivante : si les ordinateurs et le logiciel remplacent les humains dans les emplois de service, il n’y a désormais plus d’issue. L’automatisation de l’agriculture, avait conduit les travailleurs vers l’industrie puis celle de l’industrie vers les services. L’automatisation des services sonne donc le glas du travail. Il n’y a en effet plus d’échappatoire. Nowhere to go.

Parmi ceux qui ont conduit à populariser cette idée d’automatisation galopante, deux responsables du  MIT Center for Digital Business, Erik Brynjolfsson et Andrew Mac Afee. Dans le livre Race Against The Machine,  ils décrivent le développement exponentiel de l’automatisation à venir. Ils n’annoncent cependant pas  « la fin du travail », mais une dure période de transition avant que le numérique ne crée une nouvelle abondance. Mais beaucoup se sont emparés de cette idée pour décréter que l’emploi, c’est fini !

Le développement du numérique inquiète également des vrais « geeks ». Témoin Jaron Lanier, visionnaire d’Internet et pionnier américain de la Réalité Virtuelle. Dans son récent livre « Who owns The Future ? » il voit une autre très sérieuse menace dans cette technologie. Il constate -  à juste titre - que l’usage des services gratuits sur Internet s’accompagne du développement d’un « travail gratuit » : toutes les données que les utilisateurs  fournissent volens nolens. Les données de navigation de tout un chacun mais aussi les articles gratuits des blogs, la musique sur You Tube… Ils ne rémunèrent pas leurs auteurs mais, en revanche, enrichissent considérablement les quelques très grandes entreprises, Google et autres Facebook, qui en profitent. Pour lui, à mesure que davantage d’activités seront numérisées - « sofware mediated » dit-il - le phénomène va empirer, jusqu’à… détruire la classe moyenne. Bigre !

Dans ce contexte le think tank américain ITIF (Information technology and innovation foundation) vient de réagir avec une étude qui prend le contrepied des thèses des « néo-Luddites ». Dans ce document, « Are Robots Taking Our Jobs, or Making Them ? », l’ITIF défend vigoureusement la thèse de l’automatisation source de richesses - et donc créatrice d’emploi -, met à mal la notion de « nowhere to go », jugée « absurde », et milite pour un développement sans frein des machines.

Bref, le bon vieux débat sur l’impact de l’automatisation – est–elle  globalement créatrice d’emplois ou l’inverse ? – est désormais bien relancé, en version numérique cette fois.

Cela dit, on se rappellera que si d’un point de vue économique les Luddites avaient tort de s’opposer au développement des machines, en réalité ces mêmes machines ont bel et bien fait perdre leur travail aux protestaires. Comme quoi l’important dans la « destruction créatrice » schumpétérienne est avant tout d’être du bon côté du manche…

Liens utiles
Lire l’article sur le livre d Erik Brynjolfsson et Andrew Mac Afee « Race Against The Machine » sur le site de La Fabrique de l’Industrie
Lire l’article sur le livre de Jaron Lanier « Who Owns the Future ? » sur le site de La Fabrique de l’Industrie
Lire l’article sur l’étude de l’ITIF « Are Robots Taking Our Jobs, or Making Them ? » sur le site de la Fabrique de l’Industrie
Lire l’étude de l’ITIF « Are Robots Taking Our Jobs, or Making Them ? »

vendredi 6 décembre 2013

Apple, champion du… manufacturing !

Les outils de production font la différence
Si l’on en croit l’intéressant article publié par le site Bloomberg.com, Apple n’est pas tout à fait celui qu’on imagine lorsqu’il est question de fabrication.

Contrairement à la plupart de ses concurrents, l’entreprise ne se contente en effet pas de concevoir un produit et d’en sous-traiter la fabrication sans autre forme de procès. Elle attache une grande importance à l’industrialisation de ses produits, développe en interne les process de fabrication mis en œuvre par ses sous-traitants et les équipe même de systèmes de production très avancés du type de ceux « utilisés dans l’aéronautique ou la défense ».

Cela lui permet de se différencier en tirant des innovations en production un avantage compétitif par rapport aux produits concurrents.

Ce faisant, Apple de l’eau au moulin de ceux – défenseurs de l’industrie – qui affirment que l’une des raisons majeures pour conserver une compétence en fabrication tient justement au fait que sans maîtrise de la production, les capacités d’innovation finissent par s’éroder. C’est bien ce souci qui semble animer Apple qui, sans toutefois produire lui-même, conserve un savoir-faire qu’il transmet à ses sous-traitants sous forme de process et de machines.

L’article de Bloomberg cite de nombreux exemples de cet intérêt pour le manufacturing et indique que l’entreprise est actuellement en train d’accentuer son effort en la matière en multipliant notamment des accords d’exclusivité avec des fabricants de machines.

 Apple a ainsi conclu dernièrement un tel accord avec GT Advanced Technologies, un fabricant d’équipement pour produire le saphir qui recouvre les lentilles de ses smartphones. Elle a monnayé l’exclusivité en échange d’un prépaiement de... 578 millions de dollars !

Selon Bloomberg, Apple devrait investir pas moins de 10,5 milliards de dollars en 2014 dans des outils de production avancés tels que des robots ou des machines-outils.

ALire 
L’article de Bloomberg « Apple’s $10.5B on Robots to Lasers Shores Up Supply Chain »  

jeudi 5 décembre 2013

Google : et maintenant… la robotique !

Cap sur les robots industriels !
C’est beau d’avoir de l’argent plein les poches. Cela permet d’initier de grandes aventures d’innovation pour se préparer à saisir les marchés de demain. Google s’en fait une spécialité. Après diverses explorations technologiques, comme la voiture sans chauffeur, le très riche géant du numérique s’attaque en effet désormais à un marché d'avenir : la robotique.

C’est un article du New-York Times qui dévoile les (grandes) ambitions de l’entreprise californienne. Il présente notamment Andy Rubin, le responsable de cette activité lancée il y a déjà plusieurs mois. Andy Rubin qui a tout pour mener un telle opération : ex ingénieur en robotique, il était jusque-là le responsable de la division Android, le système d’exploitation pour smartphones de Google qui a eu le succès qu’on connaît.

Ce n’est pas, comme on pourrait l’imaginer, du côté grand public que Google porte son effort de développement de robots mais clairement dans le domaine des applications industrielles, typiquement celles d’assemblage (pour les produits électroniques par exemple) ou celles de logistique (automatisation de la préparation de commande dans les entrepôts, par exemple).

Cet engagement de Google dans la robotique industrielle est très significatif. Il peut amener à s’interroger sur les choix faits en France dans le soutien à la filière robotique qui, s’ils n’excluent pas les applications industrielles, sont en revanche nettement orientés vers les applications de robotique de service, voire de robotique domestique.

En tout cas, depuis les quelque six mois qu’il est à la tête de cette activité, Andy Rubin n’a pas chômé. Il a déjà acquis pas moins de sept entreprises spécialisées dans les robots, leurs composants ou l’intelligence artificielle. Des acquisitions technologiques qui lui fournissent de quoi construire des robots mobiles intelligents. « Il reste encore de nombreux défis technologiques à relever, dans le domaine des capteurs et du logiciel » dit Rubin qui indique par ailleurs que la campagne d’acquisition n’est pas encore achevée.  

A voir cette ambition, je ne peux m’empêcher de me poser une fois de plus la sempiternelle question : comment donc peut-on rester en France totalement absent d’une robotique industrielle qui se réinvente ? Cela alors que de nouveaux venus sortis de nulle part témoignent qu’il est possible de s’y faire une place. Je pense en particulier à Universal Robots, une PMI danoise créée en 2005 et qui semble bien partie pour réussir sur le marché des robots à bas prix ou à l’américain Rethink Robotics créée en 2008. Et demain, Google ?

A lire
L’article du New-York Times  : Google Puts Money on Robots, Using the Man Behind Android


mercredi 4 décembre 2013

Jusqu’où l’innovation va se nicher : dans une rondelle !

Avec moi, plus de desserrage !
Ce n’est évidemment pas une innovation de rupture propre à figurer au palmarès des « sept ambitions » proposées par la Commission de l’Innovation d’Anne Lauvergeon, mais je trouve que c’est une petite aventure industrielle fort sympathique.

L’innovation en question c’est… une rondelle ! Qui eût cru que l’on puisse encore trouver quelque chose de nouveau à mettre au point sur un produit aussi banal ? Et pourtant, un employé de la société Nord-Lock, spécialiste des assemblages vissés, a eu une idée originale propre à améliorer significativement ce très simple composant de façon à sécuriser totalement l’assemblage par boulons. Comprendre, pour éviter grâce à cette rondelle magique, qu’il ne se dévisse spontanément, sous l’effet de vibrations par exemple.

La solution semble assez simple, mais... il fallait y penser. Elle consiste en quelque sorte à superposer deux rondelles striées. La combinaison de ces stries et de l’effet ressort dû à la superposition évite, paraît-il, tout dévissage intempestif.

Les spécialistes ne s'y sont pas trompés. À peine sortie, la rondelle de serrage Nord-Lock NLX a reçu la médaille d'argent de l'innovation au salon  Fastener Innovation 2013 à Stuttgart puis… le premier prix de l’innovation au salon Nucklea 2013 !

Outre l’objet même de l’innovation, ce qui m’épate dans cette histoire est que la mise au point du produit a été beaucoup moins immédiate qu’on ne l’imagine.  Elle a demandé l’intervention du Cetim (Centre technique des industries mécaniques qui est également un Institut Carnot) qui, à partir de l’idée initiale, a déposé un brevet, puis a effectué un co-développement avec Nord-Lock. Le Cetim a apporté ses connaissances techniques, Nord-Lock son expérience industrielle.

Désolé si vous trouvez cette info trop anecdotique pour mériter un post, mais pour moi elle symbolise l’incroyable effort d’innovation qu'on peut découvrir dans l'industrie, un effort qui va se nicher jusque dans les moindres détails.

C’est tout pour aujourd’hui.

mercredi 27 novembre 2013

Filière : le bon outil de politique industrielle ?

La notion de « filière » fait florès. Depuis janvier dernier, quatorze « filières industrielles stratégiques » destinées à « construire la carte de la France productive des années 2020 » et à mettre fin à la désindustrialisation de notre pays ont été mises en place par le gouvernement. C’est bien. Mais que recouvre au juste le terme de filière et cette notion est-elle la plus appropriée pour servir de base à une politique industrielle ? 

C’est La Fabrique de l’Industrie, le think tank de Louis Gallois, qui pose la question dans un petit livre fort pertinent intitulé tout simplement « A Quoi Servent les Filières ? »

L’ouvrage écrit par Thibaut Bidet-Mayer et Louisa Toubal n’apporte pas de réponse définitive. Il pose le problème et souligne surtout que la notion même de « filière » n’est pas aussi évidente qu’elle ne le paraît à première vue. Ils indiquent même que cette idée « assez intuitive pour être rassembleuse » est en réalité « une notion assez floue, parfois même galvaudée, qui ne fait pas l’unanimité parmi les économistes. » 

Ils posent en particulier la question du risque de cantonner l’action politique dans un cadre trop restreint, voire dépassé, et s’interrogent sur le danger d’exclusion des entreprises multi-filières ou de celles pratiquant des fertilisations croisées dans le cadre des pôles de compétitivité par exemple.

Surtout, ils rappellent que si l’industrie allemande – « le » modèle indépassable… - fonctionne bel et bien en termes de filières, la politique industrielle allemande, elle, ignore purement et simplement ce concept et privilégie une approche horizontale.

Le livre est organisé en cinq chapitres et pour alimenter le débat, les auteurs ont eu la bonne idée à la fin de chacun des chapitres de présenter les commentaires et le point de vue d’un ou plusieurs économistes.

Une réflexion bien venue qui permet de clarifier l’idée de filière et, surtout, d’avertir « qu’une utilisation abusive de concept pourrait amener à envisager l’action politique dans un cadre trop restrictif au regard des objectifs qui lui sont assignés. » 

Le livre est vendu 22 euros, mais si vous voulez le lire sans bourse délier, il suffit de...  le télécharger

vendredi 11 octobre 2013

… et maintenant, en route pour sept ambitions !

Les adeptes de « l’état stratège » en matière de politique industrielle ont de quoi être la fête. Il y a à peine un mois, le MRP nous présentait les 34 plans de bataille pour l’industrie. A peine remis de nos émotions voici, présentés ce matin par Anne Lauvergeon, les fruits des travaux de l’estimable Commission de l’Innovation qu’elle préside.  A la clé : sept ambitions, « reposant sur des innovations majeures, pour assurer à la France prospérité et emploi sur le long terme » comme demandé dans la lettre de mission.

Je ne sais pas ce que vous en penserez mais moi, en tout cas, je trouve que ça commence à faire beaucoup. 34 + 7 ! Les priorités stratégiques seront bientôt presque aussi nombreuses que les pôles de compétitivité !

Ce qui est piquant est ce qu’on peut lire au début du rapport qui précise que l’objectif de la Commission est « de stimuler l’innovation au sein des entreprises de toute taille autour de priorités durables. Pour ce faire, [elle] est convaincue qu’il faut éviter la dispersion et le « zapping » pour réussir. » No comment.

Pour se tirer d’affaire la Commission précise toutefois que son exercice « s’inscrit en complémentarité du projet de ‘Nouvelle France industrielle’ qui met en œuvre 34 plans définissant des relais de croissance des filières industrielles sur les marchés d’aujourd’hui » et  que « la Commission veut, quant à elle, susciter, d’ici dix ans, des leaders industriels français à l’échelle internationale, dans des  secteurs précis, en concentrant les moyens sur des axes clef. » 

Cela dit on peut s’interroger sur la « complémentarité » lorsque au moins un sujet (Big Data) est commun aux 7 et aux 34…

Peut-être voulez-vous savoir quelles sont ces sept ambitions ? Les voici :

1. Le stockage de l'énergie
2. Le recyclage des matières : métaux rares
3. La valorisation des richesses marines : métaux et dessalement de l’eau de mer
4. Les protéines végétales et la chimie du végétal
5. La médecine individualisée
6. La « silver economy », l’innovation au service de la longévité
7. La valorisation des données massives et ouvertes (Big Data)

Pourquoi ces sept là plutôt que d’autres ? Explication : parce que, outre « leur capacité à générer emplois et exportations » : 

- « Elles sont à la confluence de marchés majeurs portés par des besoins sociétaux certains et de compétences distinctives françaises. »
- « Elles nécessitent des innovations de rupture et constituent un enjeu de souveraineté pour que le France soit durablement une puissance économique prospère. »
- « Elles prennent en compte des évolutions technologiques massives comme la révolution numérique ou l’impact des nouveaux matériaux avec des propriétés avancées. »  [Drôle d'argument, non?]

Enfin, comme dit l’autre, abondance de biens ne nuit pas... Mais peut être la prochaine fois vaudrait-il mieux préciser dans quel domaine on entend ne pas être à la pointe. Ce serait à la fois plus simple et plus rapide.

A Lire
La synthèse du rapport
Le rapport complet 

mercredi 9 octobre 2013

Qu’on se le dise : « Le Big Data n’est pas un sujet informatique »

 « Le Big Data, constitue l’un des enjeux clés de la transformation numérique des entreprises » affirme le Cigref dans le bref (12 pages) et pertinent rapport qu’il consacre au sujet : Big Data : la vision des grandes entreprises.

Ce rapport est d’autant plus intéressant qu’il a été élaboré par un groupe d’industriels français placé sous la houlette d’Eric Gautrin, ancien DSI d’ Inria puis de Jean-Marc Lagoutte, DSI de Danone. Autrement dit, il ne s’agit pas du énième document promotionnel d’un vendeur souhaitant profiter du buzz autour de ce brûlant sujet – il n’en manque pas… - mais d’une réflexion menée par les entreprises concernées.

Le rapport commence par rappeler ce qu’est le Big Data avec les fameux 4 V qui le caractérisent : Volume (des quantités gigantesques de données à traiter) ; Vélocité  (ce données sont publiées en continu) ; Variété  (les formats sont structurés ou non, et les données proviennent de sources diverses) ; Véracité (la légitimité n’est pas toujours vérifiée). Il montre ensuite les enjeux de cette technologie, les résume en dix points clés et propose une démarche de mise en œuvre.

Mais le plus important n’est pas là. Le Cigref  précise clairement que « le Big Data n’est pas un sujet informatique » même s’il en a des composantes par nature.   « Le Big Data c’est d’abord un sujet d’entreprise » souligne le rapport. Dès lors, « le rôle de la direction générale et des métiers est clé sur ce sujet car ce sont eux les seuls à même de définir et préciser les informations utiles à l’amélioration de leurs prises de décisions » 

Ainsi, le rôle des directions informatiques consiste avant tout à « évangéliser » les métiers afin de les faire adhérer à la démarche. Et le rapport insiste sur ce terme en précisant bien que le Big Data n’est pas un projet mais «  une démarche transversale, qui vise l’optimisation de la prise de décision : l’un des enjeux du Big Data est de fournir des éléments de réponse à la question ‘quelle information dont je ne dispose pas aujourd’hui serait de nature à me permettre d’améliorer les performances de mon entreprise ?’ »

A Lire
Big Data : la vision des grandes entreprises.



jeudi 19 septembre 2013

Quand les « plans de bataille » ne servent à rien

Comment faire un plan quand on ne
sait où se déroulera la bataille ?
Avec les 34 « plans de bataille » lancés par le gouvernement se repose une fois de plus la question du bien-fondé d’une « politique industrielle » volontariste. On retrouve toujours les mêmes arguments d’un côté et de l’autre. Les aficionados de « l’état stratège » militent pour de grandes actions et se réclament de Colbert ; les adeptes d’une approche libérale affirment qu’il suffit de créer un environnement propice aux entreprises car elles sont les mieux placées pour inventer le futur.

Mettons tout le monde d’accord avec un argument de bon sens. Les plans, les stratégies de bataille c’est bien quand on sait où l’on va ; quand on sait où se trouve le champ de bataille et quelles sont les forces en présence. Cela n’est d’aucune utilité quand on ignore tout du lieu où se déroulera le combat et même la nature des troupes qui y sont engagées

Autrement dit, quand il s’agit de « rattraper un retard » rien de mieux qu’un bon plan. On n’est pas présent dans le nucléaire, dans l’aéronautique, le spatial ou les télécoms et on souhaite devenir un acteur un majeur ? Facile ! On sait où on va. La route est tracée. Un plan fera l’affaire pour atteindre le niveau de ceux qui y sont bien établis, voire les dépasser.

 C’est ce qu’ont réussi avec brio les grands plans français des années 60 et 70 (et Colbert à son époque, notamment pour rattraper le retard sur les italiens dans le verre avec la création de Saint-Gobain). C’est ce qu’a fait le Japon. C’est ce que pratique la Chine avec ses redoutables et efficaces plans quinquennaux.

Mais comment planifier ce qu’on ignore et qui n’a pas de modèle ? C’est-à-dire l’innovation. L’inattendu. L’inimaginable. Le développement d’Internet par exemple qui, dans la fameuse étude française de 1995 sur les technologies clés pour l’avenir n’était même pas mentionné.

 En la matière, les Etats-Unis n’ont rien « planifié ». Et pour cause. Tout était à inventer. Ils se sont contentés de créer les conditions de son essor et celui des entreprises en leur laissant le champ libre. Et en favorisant notamment le développement de l’e-commerce par l’absence totale de taxes.

Evidemment, tout n’est pas si tranché. A côté de gros échecs comme la TVHD, les grands plans européens ont connu au moins une très belle réussite avec le succès du GSM en Europe, beau contre-exemple à cette théorie. Mais l’opération a fait long feu. Désormais Nokia n’est plus. Désormais l’Europe est bien en retard sur les Etats-Unis en matière de 4G.

 En retard ? Nom d’une pipe ! Il est grand temps de concocter un plan pour le rattraper !

lundi 16 septembre 2013

Big data, big mistakes ?

Big data : Claude Bernard
 a son mot à dire 
L’un des grands atouts des big data, le traitement de données à  (très) grande échelle,est de  mettre en évidence des corrélations tout à fait nouvelles et inattendues en rapprochant simplement des données. C’est l’un des grands résultats attendu du travail des « data scientists » et il soulève un grand enthousiasme. Trop grand, parfois…

Le type de découverte permis par cette technique ne s’accompagne d’aucune explication. On constate une corrélation forte entre deux faits mais on ignore tout du    «pourquoi » et de l’éventuelle causalité sous-jacente. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas fondamentalement nouveau : les études statistiques nous ont habitués à mettre en évidence de telles corrélations sans plus d'explications. Ce qui change, c’est la facilité avec laquelle de telles « découvertes » peuvent être faites.

Bien compris cet usage des Big data peut donner de formidables résultats pratiques.

Mais c’est aussi un outil qui doit être manié avec une grande précaution car il prête aux interprétations les plus fantaisistes et les plus erronées. Big data, big mistakes ! Il n’est qu’à regarder comment sont interprétées à tort et à travers de nombreux résultats statistiques. Avec le déluge de « découvertes » qu’on nous promet on peut, à côté du meilleur, redouter le pire.

Le danger est bien réel. Déjà, le fameux Chris Anderson (auteur de La Longue Traîne) a défrayé il y a quelque temps la chronique en écrivant dans le magazine Wired, que les big data  signaient la mort de la théorie. Rien que ça ! Plus besoin de réfléchir puisque grâce aux big data, on va tout découvrir ! Devant le tollé soulevé par son inconséquence, il est un peu revenu sur ses propos.

En réalité, plutôt que de s’affranchir de la théorie, les découvertes promises par les big data en supposent plus. Bien plus ! Elles sont certes heuristiques mais ce qu’elles découvrent doit être compris et expliqué pour en tirer tout le bénéfice. Bref, il n’y a pas de miracle à attendre.

En l’occurrence, ce que Claude Bernard écrivait en 1866 à propos des big data de son époque – les statistiques-  dans sa fameuse « Introduction à la médecine expérimentale »  n’a pas pris une ride. Il insistait sur le fait qu’elles devaient précéder la recherche scientifique –c’est-à-dire la médecine expérimentale- et n’étaient pas suffisantes en elles-mêmes.

Claude Bernard illustrait son point de vue avec un superbe exemple. Il écrit :
« Autrefois on ne connaissait la gale et son traitement que de manière empirique. On pouvait alors […] établir des statistiques sur la valeur de telle ou telle pommade pour obtenir la guérison de la maladie. Aujourd’hui que la cause de la gale est connue et déterminée expérimentalement, tout est devenu scientifique. On connaît l’acare [parasite responsable de la maladie] et on explique par lui la contagion de la gale, les altérations de la peau et la guérison […]. Aujourd’hui, il n’y a plus […] de statistiques à établir sur son traitement. On guérit toujours et sans exception quand on se place dans les conditions expérimentales connues pour atteindre ce but. » 
Autant pour Chris Anderson…

A propos de big data, et c’est ce qui m’a donné l’idée de ce post, je viens de lire un bon ouvrage d’introduction au désormais fameux phénomène.  Ecrit par Viktor Mayer-Schonberger (professeur à Oxford) et Kenneth Cukier  (journaliste au magazine The Economist) le livre « Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think » permet de se faire une bonne idée des enjeux liés à la capacité de traiter des quantités phénoménales de données désormais facilement accessibles. A lire si l’on est anglophone.

jeudi 12 septembre 2013

34 "plans de bataille" pour une "nouvelle France industrielle"

On ne sait pas encore comment on y va, mais on y va et on sait désormais quels sont les 34 secteurs ou technologies industriels que compte soutenir activement le gouvernement français. Ils ont été présenté ce matin à l’Elysée par le président de la république qui, en présentant ce plan pour « la nouvelle France industrielle » a tenu à affirmer : "Il ne s'agit pas de revenir aux grands plans des années 60 et 70 où l'Etat était à la fois inventeur, prescripteur, producteur et client final. Ce temps là est terminé"

Le travail a été conduit par la Direction générale de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS) du Ministère du Redressement productif, appuyée par l’expertise internationale du cabinet Mc Kinsey. Il est à ce propos intéressant de comparer ces 34 plans avec les 12 technologies clés censées avoir un impact majeur et récemment présentées dans une étude du même... Mc Kinsey (voir ci-dessous).

Parmi les 34 domaines d’actions choisis, notamment parce que la France y possède une solide position, difficile de voir ce qui manque, à part peut-être le nucléaire qui semble éclipsé par les énergies renouvelables. Quant aux gaz de schistes, évidemment, pour la France ce n’est pas un enjeu…

Un peu curieux aussi d’y trouver rénovation thermique des bâtiments qui, pour important qu’elle est,  n’apparaît pas réellement stratégique. Plus étonnant encore d’y voir figurer les dirigeables pour les charges lourdes, mais là c'est parce que j'ignore tout du sujet...

Sinon presque tout semble y être, y compris l’usine du futur avec ses imprimantes 3D et ses robots et les sujets chauds des technologies d’information comme l’internet des objets, les Big Data ou le cloud. 

La prochaine étape du plan s'occupera de fixer des objectifs précis et de de déterminer comment les  atteindre. «  Dans les prochaines semaines le travail consistera à constituer et à réunir pour chacun de ces  plans les équipes par projet composées d’industriels et de représentants de l’État et du  Conseil national de l’industrie. Chaque plan sera animé par un chef de projet issu, dans la majorité des cas, du monde industriel et  économique » est-il indiqué.

Le chef de projet devra «  préciser les objectifs à atteindre, les freins à  surmonter, les outils à mobiliser, les financements à solliciter (notamment dans le cadre  des investissements d’avenir), les éventuelles expérimentations à conduire, les partenaires à associer et le calendrier à suivre. Allez, roulez jeunesse ! 


LES 34 « PLANS DE BATAILLE »

Energies renouvelables
Voiture pour tous consommant
moins de 2 litres aux 100 km
Bornes électriques de recharge
Autonomie et puissance
des batteries
Véhicules à pilotage automatique
Avion électrique et nouvelle
génération d’aéronefs
Dirigeables - charges lourdes
Logiciels et systèmes embarqués
Satellites à propulsion
électrique
TGV du futur

Navires écologiques
Textiles techniques et intelligents
Industries du bois
Recyclage et matériaux verts
Rénovation thermique
des bâtiments
Réseaux électriques intelligents
Qualité de l’eau et gestion
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A lire

vendredi 28 juin 2013

Caramba, encore raté ! Neolane, belle ETI numérique, rachetée par Adobe

You're american now ! 
J’étais il y a peu avec quelques journalistes à un petit déjeuner où Stéphane Dehoche, co-fondateur et président du directoire de Neolane présentait son entreprise  J’y étais allé avec l’idée de faire un papier sur cette start-up française du numérique fondée en 2001. Elle était devenue une ETI de 350  personnes dans le monde (180 en France) réalisant un tiers de son CA de 44 M€ aux USA. Une belle réussite. Une belle histoire à raconter.

Eh bien, Adobe m’a coupé l’herbe sous le pied ! Neolane, un acteur majeur du marketing numérique, est en effet en train de passer dans le giron de l’américain qui propose de le racheter pour quelque 600 millions de dollars, une belle somme soit dit en passant.

Et voilà. Une fois de plus, une très prometteuse entreprise numérique nous échappe. Bien sûr il restera de l’activité en France pour Neolane ; bien sûr son patron restera quelque temps aux commandes en s’intégrant au groupe qui l’a acheté (comme il l’avait fait lors du rachat de sa précédente start-up). Mais c’en est une fois de plus fini de l’espoir de voir une entreprise nationale prendre une envergure mondiale dans le numérique.  Il semble que Dassault Systèmes reste voué à demeurer notre seule et unique très grande réussite en la matière !

Celle-là pourtant était bien partie. Pionnière en la matière, elle se situait aux avants-postes du marketing conversationnel, autrement dit le marketing via les outils numériques. Elle excellait en particulier sur le marketing multi-canal (e-mail, Web, mobile, réseaux sociaux etc.). Elle possédait ses propres outils de Big Data et de management de données; elle était même classée par la revue Forbes parmi les « plus prometteuses entreprises américaines » (vu son implantation aux US).

Stéphane Dehoche indiquait ainsi qu’il ambitionnait de faire de ses outils un véritable «  ERP du marketing » et qu’il visait une place de leader européen, cela au moment où, de fait, le marketing est en train de vivre une révolution et de se réinventer totalement à cause précisément de ces outils numériques.

Ce serial entrepreneur notait également lors de notre rencontre que, s’il est désormais plus simple de créer une entreprise, « il n’y a pas en France l’environnement économique qu’il faut pour croître », soulignant en particulier « les très faibles valorisations des entreprises du logiciel. » Des propos qui prennent désormais tout leur sens, ceci expliquant peut être cela...

Pour mémoire on se rappelera que la start-up avait été financée par le capital risque à hauteur de 2M€ en 2002, puis 5 M€ en 2007 (pour attaquer le marché américain) et avait enfin reçu 27 millions de dollars d’un fonds américain en 2011 pour se renforcer aux Etats-Unis.

Au final, Neolane aura tiré les marrons du feu pour Adobe qui, malgré le prix payé, semble avoir fait une bonne affaire. L’américain  renforce en effet considérablement son offre dite de « Marketing Cloud » constituée déjà de cinq solutions complémentaires.

Quant à moi, je n’ose plus m’attaquer aux succes stories françaises du numérique. Chaque fois que j’en découvre une, elle finit par se faire racheter ! Je dois avoir le mauvais oeil...

mercredi 26 juin 2013

Fleur Pellerin lance un appel à projet pour les "fablabs"

La ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l'Innovation et de l'Economie numérique organisait hier mardi 25 juin à Bercy, en collaboration avec l’association OuiShare, son premier "Bercy Jam", un atelier de travail sur l’économie numérique collaborative.

A cette occasion,Fleur Pellerin a annoncé le lancement d’un nouvel appel à projets pour le soutien au développement de fablabs (ateliers de fabrication numérique).

"Nous voulons polliniser le territoire avec des fablabs, afin que chacun puisse prendre le train de la modernité. Le futur c’est maintenant, et la révolution numérique doit être pour tous" a-t-elle souligné. 

Cette action s’insère dans le programme de diffusion du numérique sur tout le territoire, notamment via les Espaces publics numériques (EPN), prévus par la feuille de route du Gouvernement sur le numérique de février dernier.

L’appel à projets permettra de subventionner une part importante des dépenses d’investissements nécessaires pour la mise en place ou l’amélioration de fablabs partout en France. Il sera clôturé le 13 septembre, et la sélection des projets soutenus aura lieu mi-octobre.

Pour en savoir plus sur les fablabs, on pourra lire le très interéssant rapport effectué sur ce sujet par la Fing. On peut télécharger gratuitement ce "Tour d'horizon des fablabs" à cette adresse sur le site de la Fing

Une « grande agence France International » préconisée par le rapport Bentejac-Desponts

Alain Bentejac et Jacques Desponts ont présenté aujourd’hui à Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, le rapport sur l'évaluation des dispositifs de soutien à l'internationalisation des entreprises. Pour aller vite, je me  contenterai pour le présenter de reprendre en l’élaguant quelque peu la synthèse du rapport présenté par le ministère.

Le rapport affirme ainsi que nos performances à l’export ne sont que le reflet de la compétitivité du « site de production France », et donc que c’est avant tout par l’amélioration durable des facteurs de compétitivité que notre pays pourra remédier à cette situation.

Il précise cependant que le rôle du dispositif de soutien ne doit pas être tenu pour négligeable. Les enquêtes montrent que le dispositif français est assez largement utilisé, mais est jugé perfectible.

Selon le rapport, les principales attentes exprimées par les entreprises sont
- la mise en relation avec des partenaires et clients potentiels,
- la fourniture d’informations pertinentes sur les marchés,
- un accompagnement personnalisé, professionnalisé et dans la durée,
- l’appui au recrutement de responsables export,
- une meilleure lisibilité du système, une coordination renforc
ée des acteurs, des aides et procédures réellement simplifiées…

Côté recommandations, celles de la Mission peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

1. Dynamiser, améliorer et simplifier les services rendus aux entreprises
Il s’agit là de mesures simples et pratiques pouvant être mises en oeuvre rapidement. La Mission recommande leur mise place déterminée et systématique.
Parmi ces recommandations
- la création de « Maisons de l’International » en régions, de « Maisons France » à l’étranger,
- d’un site web unifié,
- d’un numéro de l’international,
- d’un réseau social des exportateurs etc.

2. Mettre en place d’une gouvernance claire et forte
Cette gouvernance devrait se décliner à tous les niveaux, par la création de Comités de Pilotage réunissant tous les acteurs concernés et présidés par une instance appropriée disposant d’une capacité de décision réelle. C’est dans le cadre de ces Comités que devraient être traitées toutes les questions de coordination. Au plan national, par exemple, c’est ce Comité qui devrait être le lieu où serait négociée une nouvelle répartition des sites à l’étranger et des prestations entre les principaux opérateurs de manière à éliminer les doublons et à mieux couvrir le marché.

3. Optimiser l’architecture d’ensemble
La Mission propose la création d’une grande agence « France International » ayant vocation à fédérer progressivement et dans la concertation les principaux opérateurs. L’objectif à terme est de regrouper les forces aujourd’hui dispersées. Dans cette perspective, l’Etat devra montrer l’exemple en regroupant les opérateurs qui dépendent directement de lui (Ubifrance, AFII, organismes sectoriels de promotion…).

Cette agence pourrait être construite à partir d’Ubifrance, qui serait transformée en société anonyme, avec participation des principales parties prenantes (Etat, BPI France, Régions, CCI, secteur privé…) à son capital et/ou à son Conseil d’administration.

A lire 
Le rapport complet
La synthèse du rapport 

mardi 25 juin 2013

Le nouveau modèle suédois (encore mieux que l’Allemagne !)

La Suède sociale démocrate a longtemps été un modèle. Jusqu’en 1990, lorsqu’elle s’est effondrée. La voici à nouveau promue au rang de source d'inspiration parce qu’elle a su se réformer en profondeur. Elle exhibe aujourd’hui une économie performante et une industrie en pleine forme et fort productive. Elle devance même l’Allemagne sur quasiment tous les indicateurs (croissance du PIB, PIB/habitant, compétitivité, balance commerciale, dépenses de R&D…).

Dans le cadre de La Fabrique de l’Industrie, Emilie Bourdu nous présente en détail cette nouvelle Suède dans un bref et intéressant ouvrage préfacé par Louis Gallois : « Les transformations du modèle économique suédois ».

Le livre est tout a fait d’actualité car, au-delà de nombreux points communs avec la France – en particulier un état providence et une industrie composée de grands groupes et de PME – les mésaventures suédoises et la façon dont le pays s’est sorti de la crise peuvent servir de leçon au moment où nous sommes enfoncés dans un marasme qui n’a rien à envier aux pires moments de la Suède des années 90.

Ce livre est ainsi source d’optimisme : il démontre qu’il est possible de sortir de la crise par le haut sans (trop) sacrifier le modèle social démocrate, ou plutôt les acquis de l’état providence puisque notre président se refuse à se définir comme social démocrate

Cela dit, malgré la pertinence du Modèle, on peut craindre qu’il soit plutôt difficile à imiter. L’une des recettes de la Suède est en effet le résultat de la grande efficacité du dialogue social qui conduit à des consensus en matière de réformes, aussi sévères soient-elles. La France a bien du chemin à faire…

Autre recette du modèle, une politique fiscale radicalement différente de la nôtre. Certes, les prélèvements ont des niveaux similaires (environ 46% du PIB en 2011) mais les structures des recettes fiscales divergent profondément. Ainsi en Suède l’impôt sur les sociétés n’est plus que de 22% en 2013 (contre 52% à la fin des années 80 !) alors que les ménages sont taxés à hauteur de 14,8% du PIB (contre 7,9% en France). Les cotisation sociales sont, elles, de 7,4% du PIB en Suède (16,9% en France) et les recettes provenant des taxes indirectes, majoritairement la TVA, y sont de trois points plus élevées.

Bref, la Suède taxe davantage les ménages pour financer les recettes liées à l’état providence alors que la France privilégie les charges sociales. L’ironie du dispositif est que les recettes liées à la fiscalité des entreprises sont de moitié plus élevées en Suède qu’en France (3,4% contre 2,3%). Le fin mot de l’histoire tient au seul fait que la meilleure profitabilité des entreprises permet de rapporter davantage tout en taxant moins les bénéfices !

Parviendra-t-on a acclimater ne serait-ce qu’une partie des solutions mises en œuvre en Suède ? Avec le temps peut-être... Il faut se rappeler que la Suède a adopté le modèle social démocrate dès les années 30 (et l’Allemagne dans les années 50). Il serait peut être bon d’accélérer la manœuvre !

jeudi 13 juin 2013

Que faire si un donneur d’ordre veut capter mon CICE ?

Une opportune question d’Alain Rousset a permis à Alain Moscovici d’annoncer hier 12 juin 2013 à l'Assemblée Nationale l’ouverture d’un site d’information sur le crédit d’impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) destiné aux entreprises. En l’occurrence, il s’agit d’une rubrique spécifique sur le site économie.gouv.fr

Le site est opérationnel et il est là : http://www.economie.gouv.fr/ma-competitivite/faq-cice

Au sommaire :
- Une présentation du dispositif
- Des FAQ répondant aux principales questions que se posent les entreprises (qui y a droit ?, comment le calculer ? comment faut-il le déclarer ?, etc.)

On notera que les FAQ n’éludent pas la question brûlante : « Que faire si un donneur d’ordre souhaite capter tout ou partie de mon CICE ? »

J’en profite pour vous donner la réponse : « Dans ce cas, il est fortement conseillé de saisir la Médiation Inter-entreprises, dispositif gratuit, rapide et totalement confidentiel qui vient en aide à toute entreprise rencontrant des difficultés contractuelles avec un client ou un fournisseur. »

J'ignore si cela sera efficace, mais, pour déposer un dossier de médiation, l’URL est la suivante : www.mediation-interentreprises.fr.

A noter enfin la disponibilité d’un formulaire qui permet à ceux qui ne trouveraient pas sur le site la réponse attendue d’interroger le service concerné qui « s’engage à les contacter sous 5 jours. » Bonne initiative.

jeudi 30 mai 2013

PME: un appel à projets pour des produits « made in France »

Vous êtes une PME et vous vous proposez de produire en France un produit innovant, intégrant une composante développement durable ? L’appel d’offre lancé hier par la DGCIS est fait pour vous. Il se propose de financer votre projet jusqu’à 50%. C’est bon à prendre. Voici en bref ses caractéristiques

Les projets visés

Sont concernés : les projets collectifs innovants visant à inciter les entreprises, et en particulier les PME, à intégrer des démarches d’innovation, de création, de développement durable, de traçabilité, de valorisation et de promotion des savoir-faire.

Sont éligibles au financement : les projets qui ont reçu un engagement de la part d’entreprises et qui seront portés par une entité fédératrice, telle que organisation ou structure professionnelle ; comité professionnel de développement économique ; un comité professionnel de développement économique ; association loi de 1901 etc.

Quelles entreprises ?

Sont concernées : les entreprises de moins de 250 personnes et dont le chiffre d’affaires annuel n’excède pas 50 M€ ou dont le total du bilan annuel n’excède pas 43 M€. Ces entreprises doivent être indépendantes, c'est-à-dire ne pas être contrôlées par une autre entreprise à plus de 25%

Le projet peut intégrer des entreprises excédant 250 salariés, sous réserve de rester compatible avec l’objectif d’un ciblage prioritaire du dispositif sur les PME.

Deadline
Le dossier de candidature devra être déposé avant le 30 août 2013 à 17 heures :

En savoir plus
Le détail de l’appel à projet  de la DGCIS

lundi 27 mai 2013

Eric Schmidt (Google) ou le degré zéro de la pensée

Plus libéral que moi, tu meurs...
Eric Schmidt, président du conseil d’administration  de Google, a écrit, ou du moins cosigné avec Jared Cohen, un livre. Titre : The New Digital Age. Sous-titre : Reshaping the future of people, nations and business. On s’attend à des révélations. Quelle déception. Ce qu’on y lit est parfois consternant. Consternant mais aussi extrêmement révélateur. Ce qui explique que j’y consacre malgré tout un article (en général je ne chronique que les livres qui m’ont passionné).

Jared Cohen est certainement l’auteur de l’essentiel du livre mais regardons ce qui semble être la contribution de Schmidt, à savoir le premier chapitre consacré à l’impact d’Internet sur nos vies. Ce chapitre suffit à ruiner le livre.

L’auteur raconte tout ce qu’il est loisible d’imaginer dans le futur comme applications d’une « connectivité généralisée » et considère que puisque c’est possible, c’est souhaitable et que donc ça se produira. Aucun recul. Aucun questionnement. On a ainsi droit à une série de poncifs sur toutes les merveilles que nous réserve l’Internet de demain. Typiquement : la voiture automatique sans conducteur qui vous avertira, compte tenu de la circulation, de votre agenda, du temps qu’il fait, voire de la flexibilité des queues des vaches…, qu’il faut vous grouiller d’avaler votre petit dej’ car, sinon, vous allez être en retard à l’importante réunion qui vous attend.

Ou encore, on découvre qu’Internet va donner la parole à tous, donc développer la démocratie même dans les pires pays totalitaires et aider les économies les plus attardée à décoller...  J’aime aussi beaucoup la sortie sur la médecine avec  le « minuscule implant nasal qui vous informera de la présence de toxines dans l’air et de l’imminence d’un rhume ». C’est vraiment le niveau zéro de la pensée.

Le plus  intéressant  est toutefois ceci : Schmidt applaudit à ce que la connectivité généralisée va rendre possible, à savoir :  la mise en concurrence de tous avec tous. « Des jeunes Uruguayens éduqués pourront ainsi rivaliser pour du travail avec leurs homologues habitant dans le comté d’Orange [Californie] ».

 Et il enfonce le clou : « Les critiques de la mondialisation se plaindront de cette érosion des monopoles locaux, mais on doit la souhaiter car c’est ainsi que nos sociétés iront de l’avant et continueront d’innover. »  Monopole locaux, vous l’aurez compris, ça veut dire travailler là où vous vivez…

Ce faisant Schmidt dévoile ainsi très crument sa pensée : elle n’est pas bien profonde mais hyper libérale. C’est à souligner car du côté de la Californie, ce point de vue n’est pas isolé. La même idéologie, bien que moins nettement affichée, est finalement ce sur quoi repose par exemple un (malgré tout fort intéressant) livre, Makers, de Chris Anderson. Ce livre décrit la vision que l’ex rédacteur en chef de Wired a du futur de l’industrie à l’ère du numérique et des imprimantes 3D. On peut ne pas être ennemi du libéralisme, être un adepte convaincu d’Internet, et trouver que, quand même, ça coince un peu …

Même si la superficialité de ce qu’on n’ose appeler réflexion tant elle est caricaturale, la discrédite en partie, elle ne doit toutefois pas être prise à la légère. On peut en effet déjà constater qu’Internet se prête très bien aux pratiques les plus libérales qui soient. Il semble même parfois avoir été fait pour. La généralisation du travail gratuit – sur les blogs, Youtube, ou chez les adeptes de l’Open Source - en est le stigmate. Combien de gens aujourd’hui produisent gratuitement en espérant par là trouver le moyen de se faire connaître pour (enfin) gagner de l’argent ?

Dans bien des cas, Internet est ainsi déjà le lieu d’un « que le meilleur gagne » général, d’une lutte sans merci pour décrocher un (souvent illusoire) gros lot. Un lieu, qui plus est, souvent parfaitement inégalitaire où les plus favorisés ramassent toute la mise. Songez à la puissance qu’un compte Tweeter  donne aux plus connus à qui leur seule réputation assure des milliers voire des millions de « followers ».  

Bien sûr, tout Internet ne se résume pas à cela, ce qui n’empêche qu’il faut être conscient de cet aspect même s’il paraît difficile de s’en affranchir.

Ah, au fait, à part ça, le reste du livre ? On l’a dit Jared Cohen en a sans aucun doute écrit la plus grande partie. C’est un auteur réputé qui a entre autres fondé Google Ideas et été conseiller de Condoleezza Rice puis d’Hillary Clinton. Les sujets traités sont vastes. Ils concernent l’impact d’Internet sur les Etats, la Révolution, le Terrorisme et les Conflits mondiaux, ce qui n’est déjà pas si mal.... Sans atteindre un Himalaya de la pensée – on est plutôt au niveau du Puy de Dôme -  ce livre apporte un bon nombre d’informations sur ces sujets. Surtout si on n’y connaît pas grand chose.

Faut-il se donner la peine de le lire ? On  peut y jeter un oeil... Il possède en effet un mérite et un seul  : malgré ses errements, il rappelle utilement qu’avec Internet on n’a encore rien vu et que son impact à venir est probablement plus important qu’on ne l’imagine. Surtout, il met clairement en évidence que face à ces enjeux immenses, la balle est dans le camp des politiques.

Cela dit, le think tank de l’Institut Mines-Télécom vient de faire paraître un ouvrage collectif qui traite de ce sujet : « La Métamorphose numérique ». Je n’ai pas achevé sa lecture - il est moins facile que l'opus Schmidt-Cohen - mais, c’est nettement plus relevé et du peu que j’en ai lu, l’ouvrage me paraît autrement enrichissant. Et puis, c’est en français ! On y reviendra.

vendredi 24 mai 2013

Energie : un immense éclat de rire et... une formidable angoisse

Le pétrole coule à flots,
coule à pleins ruisseaux...
Comme dirait l’autre : « Je me marre ! »Voici des lustres que les meilleurs experts du monde prédisent la fin de l’abondance de l’énergie fossile et l’épuisement de ces ressources naturelles accéléré par l’insatiable gourmandise énergétique de la Chine. Tous les malthusiens du monde se sont alliés pour entonner ce refrain.

Et puis, vous le savez, tout a changé. Tout le monde et son frère, ainsi que l’Agence internationale de l’énergie, le constate aujourd’hui : les Etats-Unis devraient devenir le plus important producteur de pétrole dès 2020 et même être auto-suffisants en la matière en 2035. Cela sans même parler des gaz de schistes qui ont déjà fait baisser le prix du gaz de 75% en 5 ans aux Etats-Unis.

Avouez que c’est comique (ou irritant). Personne, semble-t-il, n’avait sérieusement présenté cette éventualité ou, du moins, n’avait pu faire valoir ce point de vue. Ce n’était pourtant pas impossible à envisager puisque le progrès technologique et la montée du prix du pétrole jouent un rôle important dans ce renversement de situation. Il y a en tout de quoi écorner sérieusement la confiance à accorder aux « experts » ( et, une fois de plus, donner tort à Malthus).

Qu’on se réjouisse ou s’attriste (pour cause de CO2) de cette nouvelle donne, elle suscite en revanche de très angoissantes questions. Elles sont très bien soulevées dans un article de l’International Herald Tribune signé par Ian Bremmer et Kenneth Hersch. L’un est président d’Eurasia Group, l’autre CEO de NGP Energy Capital Management.

L'enjeu est d’importance. Que va-t-il se passer au proche Orient maintenant que la nouvelle auto suffisance américaine  milite pour un désengagement des Etats-Unis de la région et que les besoins de la Chine peuvent en revanche la conduire à s’y impliquer plus fortement ?

Les auteurs de l'article posent notamment cinq questions fondamentales que je vous retranscris telles quelles puisque l'anglais a désormais droit de cité dans nos plus nobles institutions :

- How might a lighter U.S. presence and heavier Chinese involvement change the world’s most volatile neighborhood? 
- What can the next generation of Saudi leaders expect for their country’s future in a world where OPEC has lost much of its market power? 
- Will Qatar’s support for Muslim Brotherhood governments in other Arab states and China’s interest in using the United Arab Emirates as an offshore trading center for its currency leave the Saudis dangerously isolated? 
- Can Iran’s revolution survive the need to build a more modern economy?  

Et ils concluent : « Un monde dans lequel les Etats-Unis sont moins intéressés à répondre à ces questions est vraiment un monde nouveau ». Yes, indeed !

Lire l’article 
When America Stops Importing Energy
Lire aussi (ajouté de 19 juin 2013) : La diplomatie chinoise lorgne le Proche Orient



jeudi 16 mai 2013

A lire vite et sans aucune hésitation : " La Démocratie des Crédules"

N’êtes vous pas irrité parfois par les imbécillités  les contre vérités, les franches bêtises que vous pouvez entendre, voir ou lire dans les médias. N’êtes vous pas atterré quelquefois  par l’adhésion de certains des thèses totalement abracadabrantes qui font pourtant florès ? N’êtes vous pas lassé par la profonde défiance à la quelle la science et la technologie sont désormais systématiquement soumises ? Moi je le suis très souvent, à vrai dire presque en permanence.

Dans l’état de perpétuel agacement qui est le mien, la lecture du livre de Gérald Bronner, La Démocratie des Crédules, est arrivée comme un soulagement inespéré. Celui de lire enfin un livre intelligent qui rappelle que tout n’est pas égal par ailleurs ; qu’il y a une réalité, des faits concrets, du savoir, des connaissances et qu’il faut se battre pour que ces vérités conservent ou retrouvent la place qu’elles méritent. C’est bien. On respire. Ouf ! Merci Bronner.

Le livre est d’autant plus intéressant qu’il évite les explications faciles. Il exclut toute idée de « complot médiatique » ; il ne stigmatise pas non plus de supposés  imbéciles qui croient en tout et n’importe quoi. Par contre, et c’est son réel apport, il s’efforce brillamment de mettre à jour les processus « qui permettent au faux et au douteux de s’emparer de l’espace public » et souligne que nous sommes tous impliqués.

Pour le sociologue Gérald Bronner, ces processus sont  « favorisés par le développement de la technologie de l’information [comprendre Internet] mais aussi par le simple fonctionnement de notre esprit et… la nature même de la démocratie. » Une  grande partie du livre est consacrée à en apporter des démonstrations très convaincantes.

Ce livre qui est à classer dans la catégorie « lutte contre l’obscurantisme », a un autre mérite. Il tente, dans sa dernière partie de fournir quelques pistes pour passer « de la démocratie des crédules à celle de la connaissance. » Et là, il lève en passant un sacré lièvre. L’idée la plus répandue est en effet qu’on luttera d’autant mieux contre l’obscurantisme que la population sera plus éduquée. Bronner montre qu’il n’en est rien car ce sont plutôt ceux qui bénéficient d’une relativement bonne éducation qui sont le plus sujet à l’acceptation des thèses les plus douteuses…

Alors, que faire ? Je retiens deux conseils. Le premier s’adresse à mes confrères journalistes. Je résume abruptement : «  Bon sang, mais réfléchissez donc un petit peu avant d’écrire ou de reprendre n’importe quoi ! » Genre, donner sans se poser de question la parole au « fils de Mickael Jackson violé par Nicolas Sarkozy »...  Autrement dit : « journalistes vous avez une autre responsabilité que celle de vendre du papier  (ou des pages vues) »

Le second conseil est à destination de la communauté scientifique.  Là aussi, je résume : « apprenez à communiquer intelligemment, de façon efficace comme le font les activistes qui n’ont pas leur pareil pour faire passer leurs idées et contre lesquels vous ne savez pas faire valoir vos arguments. »

Je retiens enfin ceci : le paradoxe d’Olson. En bref, le fait que lorsque des individus ont tout intérêt à agir en commun, ils ne le font pas, pensant que d’autres dans le groupe s’investiront pour eux. C’est ainsi que se comportent la plupart d’entre nous. C’est précisément ce que ne font pas des minorités très motivées et « c’est ainsi que la connaissance orthodoxe se retrouve mise en minorité sur bien des terrains » écrit Gérald Bronner. Un appel à l’action !

vendredi 19 avril 2013

Uniformes de la police : l'inconcevable réaction de Montebourg


Habillés par GDF Suez, ils seront tout feu
tout flamme... Pourquoi s'en plaindre ?
Il y parfois des faits extrêmement choquants, des ministres qui déraillent et cela ne semble pas choquer grand monde, sauf moi. Peut être me trompé-je ? Mais quand même. Je vous fais juge...

Avez vous vu cette histoire du renouvellement du marché des uniformes de la police ? Je rappelle les faits.

Ce vaste marché vient d'être attribué à un consortium réunissant « l'entreprise Ineo, filiale du groupe GDF-Suez et deux PME françaises : la Société des Productions Calaisiennes et Balsan employant près de 360 salariés en France.»

Je viens là de citer le communiqué de presse envoyé par le ministère du redressement productif, le 17 avril.

Continuons la lecture. On y apprend aussi qu'Armor Lux (qui détenait jusque là ce marché) a été évincé et que  la Direction générale de la Police nationale  qui a fait ce choix « a estimé que l'offre de Cofely Inéo était la meilleure.» 

Jusque là tout va bien . Et puis, surprise ! Voici la suite, où s'exprime Montebourg  :

 « Néanmoins, dans un souci de solidarité et de préservation des savoir-faire de la filière textile française, j'ai instamment demandé ce jour a Monsieur Gérard Mestrallet, PDG de GDF Suez, de bien vouloir étudier sans délai, dans l'exécution du marché qui vient d'être confié a sa filiale Cofely Inéo, toutes les voies et moyens, permettant de maintenir le maximum d'emplois en France et de confier aux PME-PMI du groupement Armor, une partie du chiffre d'affaires et des pièces a réaliser.»

Incroyable ! Oui, vous avez bien lu :  le ministre veut confier au perdant de l'appel d'offres, "une partie du chiffre d'affaires et des pièces a réaliser" ! Au nom de quoi Montebourg peut-il demander cela  au patron de GDF Suez ? S'il y a une bonne raison, on aimerait la connaître. Sinon on aura vite fait de ramener sur le devant de la scène la photo de Montebourg s'exhibant en marinière... Armor Lux. Ce n'est pas très malin.

Après cela, dites moi : j'ai raison d'être choqué ou je délire ? Pour le quotidien Libération en tout cas, cela ne pose pas problème. Son papier sur le sujet ( la reprise de la dépêche AFP, en fait) se fait plutôt l'avocat d'Armor Lux, citant même un député PS de la région Finistère qui juge la décision  « affligeante »  et regrette la «fragilisation » d’Armor-Lux.

Cela  finit même par être risible car dans le même article, Libé-AFP cite aussi le PDG d'Armor Lux qui  de son côté affirme, parlant du non renouvellement du contrat,  avoir « largement anticipé ce risque. » 

Pour en savoir plus, on pourra lire avec intérêt le papier écrit sur son blog par le Pr. Carlos Moreno, Conseiller scientifique du Président de Cofely Inéo, GDF Suez.

jeudi 11 avril 2013

Etude : les TIC c’est bon pour l’innovation (à moins que ce ne soit l’inverse)


Au départ c’est un travail québécois du Cefrio (Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations, à l’aide des TIC) et d’HEC Montréal pour définir un Indice de l’innovation par les TIC.

Le Cigref s’est, si j’ai bien compris, greffé dessus pour mener en France une enquête sur l’innovation  et les technologies de l’information. Plus de 50 entreprises, membres du Cigref et d’une taille supérieure à 500 personnes ont été interrogées.

La principale conclusion :
« Plus une entreprise fait une utilisation intensive des TIC, plus elle innove. Et surtout, il faut souligner que ce n’est pas un type de technologie en particulier qui amène une innovation accrue, mais bien l’intensité d’utilisation des TIC en général. »
Cela dit, bien que je n’ai pas fait une étude statistiquement représentative je me pose une question. On observe une corrélation  entre « intensité de TIC » et « Innovation ». Cela peut en effet prouver que les TIC suscitent l’innovation mais peut être tout autant que … ce sont les entreprises les plus innovantes qui utilisent le plus les TIC ! Subtile nuance.

Que le Cigref choisisse la première hypothèse est naturel; personnellement j’ai un léger penchant pour l’autre explication. Quand l’esprit d’innovation est présent quelque part, il se manifeste aussi par un tropisme en faveur de l’utilisation d' outils modernes, dont les TIC.

Quoi qu’il en soit voici l’ensemble des conclusions de ce travail. Elles sont au nombre de sept, dont les deux déjà citées.

1 Un nombre limité d’entreprises ont effectué des innovations majeures au cours des douze derniers mois, en ce qui concerne leurs produits et services, leurs procédés, leurs stratégies de commercialisation ou leur structure organisationnelle. De plus, ces différents types d’innovations sont fortement corrélés, à l’exception de l’innovation organisationnelle : un groupe restreint d’entreprises effectue donc plusieurs innovations à la fois, tandis que les autres n’effectuent que très peu de changement.
Ce constat met en lumière le fait que les innovations sont de plus en plus systémiques. Une innovation
donnée se fait en parallèle au développement d’un nouveau produit, grâce à de nouveaux procédés,
qui demandent une nouvelle forme d’organisation et entraînent un nouveau mode de commercialisation. Il faut se garder d’avoir une vision simpliste de ces innovations.

2 Le portrait de l’usage des TIC dans les entreprises et organisations révèle que la majorité d’entre elles font un usage limité des technologies, à l’exception d’outils de base tels que le courriel ou les logiciels bureautiques. La nouvelle vague du numérique (mobilité, plateformes collaboratives, informatique en nuage, etc.) n’est pas l’apanage de la majorité. On parle beaucoup de ces technologies, mais on les utilise peu.

3 Pourtant, l’intensité d’utilisation des TIC dans l’organisation contribue favorablement et significativement à la capacité d’innovation. Les organisations les plus innovatrices sont de fortes utilisatrices des TIC. La taille et le secteur d’activité n’apparaissent pas comme des déterminants essentiels de la capacité à innover. Grandes comme petites, les entreprises qui utilisent intensivement les TIC accroissent leurs capacités d’innovation.

4 L’effet important vient de l’intensité d’utilisation, pas simplement de la présence de la technologie dans l’entreprise.

5 Les modifications significatives à l’organisation, ou changements organisationnels, sont également un facteur significatif pour innover et tirer profit de l’innovation ; dans une moindre mesure, la culture d’expérimentation et la tolérance au risque contribuent aussi significativement à l’innovation.

6 Les investissements physiques n’influencent pas significativement l’innovation et ne peuvent à eux seuls la susciter.

7 Au sein des entreprises et organisations qui affichent un fort changement organisationnel, l’innovation a un effet sur la performance de marché.

A lire 
L’étude « L’innovation par les usages et les technologies numériques. »

mardi 9 avril 2013

Rapport sur l'innovation : bien, avec un soupçon de réserve toutefois...

Pour l'innovation, prenez la première à gauche...
Comment se fait-il que le rapport sur l’innovation de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin qui vient d’être publié (L’Innovation : un enjeu majeur pour la France - Dynamiser la croissance des entreprises innovantes ) ne me satisfait pas pleinement alors qu'il prend plutôt bien la mesure de son sujet et va dans le bon sens ?

En effet, il dit (enfin) des choses très importantes telles que :
-  « L’innovation ce n’est pas QUE de la R&D »
-  « Il faut […]  passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité. »
- « Il ne s’agit pas de dépenser plus d’argent public pour l’innovation, mais de le dépenser autrement et de manière plus efficace. »

Ensuite, il s’attaque au problème de façon globale et propose 19 recommandations regroupées dans quatre grandes catégories (voir ci-dessous) depuis la culture d’innovation jusqu’à la mise en place d’une politique d’innovation. Autant que je puisse en juger, les mesures proposées ne sont pas aberrantes, loin de là et visent une grande cohérence.

Et malgré tout, je ne suis pas enthousiaste. Est-ce parce que ce rapport qui aborde très intelligemment la problématique de l’innovation n’apporte au bout du compte pas grand-chose de réellement nouveau ?

Ainsi, il écrit très justement : « La France oscille entre le rêve américain de la Silicon Valley, où des innovations de rupture sont portées par des start-up, le rêve allemand d’un Mittelstand industriel bien établi et performant en innovation incrémentale, et une tradition française de la planification industrielle dans des filières régaliennes. Cette oscillation brouille la représentation que la France se fait de l’innovation car elle mélange innovation de rupture, innovation incrémentale et « politique industrielle stratégique ».

Cette analyse extrêmement pertinente suscite de grandes attentes. Mais dans le même temps, les recommandations que propose le rapport consistent finalement essentiellement à actionner toujours à peu près les mêmes leviers, d’où une certaine déception.

Le rapport laisse également  parfois l’impression de ne pas aller jusqu' au cœur des problèmes. Trois exemples :

-  Il souligne « le besoin de créer des entreprises à fort potentiel de croissance (spin-off et start-up). » Est-il si sûr qu’on manque de start-up ? Le problème n’est-il pas plutôt qu’elles ne deviennent jamais grandes et sont plus souvent qu’à leur tour rachetées, notamment par des entreprises étrangères ? Cela mériterait d’être examiné de plus près. (Cela dit, la recommandation 10 propose de "combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes", ce qui est déjà un pas dans la bonne direction)

- Il appelle à juste titre  à « organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation », autrement dit à favoriser l immigration des ces talents. Mais le problème n’est-il pas aujourd’hui celui de l’émigration en masse de nos talents, sujet dont on parle peu et qui soulèverait des questions d’une autre envergure si on voulait s'y  intéresser ?

- Le rapport reconnaît que « l’innovation est avant tout une affaire d’individus : la démarche d’innovation a une dimension entrepreneuriale » écrit-il. Mais est-il vraiment sûr que les politiques actuelles font tout pour favoriser l’entreprenariat dont il faut bien avouer qu’un des ressorts majeurs est souvent l'envie de devenir... outrageusement riche et non de payer 75% d'impôts ?

Bref, malgré ces réserves, ce rapport mérite d'être lu et, si vous le souhaitez, vous pouvez le télécharger ici. En attendant,  je vous en propose ci-dessous la synthèse la plus minimale qui soit : la liste des 19 recommandations regroupées en quatre grands thèmes.


Les 19 recommandations du rapport sur l’innovation de Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin

I. Développer la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat

Recommandation 1 : réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes

Recommandation 2 : mettre en place un programme de grande ampleur pour l’apprentissage de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur

Recommandation 3 : favoriser l’essaimage à partir des grands groupes

Recommandation 4 : organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation

II. Accroître l’impact économique de la recherche publique par le transfert

Recommandation 5 : mettre en place le suivi opérationnel des 15 mesures pour une refondation du transfert dans la recherche publique

Recommandation 6 : favoriser la mobilité des chercheurs entre public et privé

Recommandation 7 : mettre en place un programme cohérent en faveur du transfert par la création d’entreprise

Recommandation 8 : focaliser les SATT sur la maturation

Recommandation 9 : mettre en place une politique cohérente de recherche partenariale public-privé, en regroupant les différentes politiques aujourd’hui éparpillées

III. Accompagner la croissance des entreprises innovantes

Recommandation 10 : combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes (capital-risque et capital-développement technologique) en mobilisant une faible part de l’épargne des français et en améliorant les stratégies de sortie possibles pour les investisseurs sur ces segments

Recommandation 11 : lancer des initiatives sectorielles early stage

Recommandation 12 : mettre en place les instruments d’une politique de protection (PI, normalisation) au service des entreprises innovantes

Recommandation 13 : harmoniser les différents labels et qualifications d’entreprises innovantes pour plus de lisibilité et les inscrire dans un parcours jalonné d’accompagnement vers la croissance, alignant de manière cohérente l’ensemble des outils de soutien disponibles

Recommandation 14 : inciter les grands groupes et les grands établissements publics à s’impliquer dans l’émergence et la croissance des entreprises innovantes, en intégrant de nouvelles dimensions dans leur
obligation de publication de RSE

IV. Mettre en place les instruments d’une politique publique de l’innovation

Recommandation 15 : reconnaître le rôle des écosystèmes d’innovation métropolitains comme points d’appui des stratégies régionales et de la stratégie nationale d’innovation

Recommandation 16 : organiser le système de transfert pour le rendre plus lisible et plus efficace

Recommandation 17 : se donner les moyens de concevoir, de piloter et d’évaluer une stratégie française de l’innovation, globale et cohérente

Recommandation 18 : mandater un opérateur unique pour la consolidation opérationnelle des politiques publiques de financement de l’innovation, la BPI (partie innovation)

Recommandation 19 : faire de l’innovation un vrai sujet politique, en organisant un vaste débat public