vendredi 29 juin 2012

Redressement productif : tout pour les PME ?


Un pacte productif "inspiré
du Colbertisme"
Hier Arnaud Montebourg et la ministre déléguée, Fleur Pellerin, étaient au salon Planète PME. Ils ont donné un beau feu d’artifices en faveur des PME. Fleur Pellerin a ainsi indiqué vouloir :
- briser le "plafond de verre" qui fragilise encore leur expansion et restreint leurs capacités à innover et à exporter ;
- stimuler le "réflexe PME", c'est-à-dire accompagner les entreprises françaises "vers un nouveau modèle de développement économique, plus coopératif entre PME, ETI et grands groupes"
- soutenir les PME dans leur bataille pour la compétitivité, en les appuyant notamment dans leur stratégie de différenciation

Puis  Arnaud Montebourg a présenté les axes du redressement productif  et a notamment indiqué : « Nous devons porter un pacte productif fait de concessions réciproques entre les petites et les grandes entreprises, les partenaires sociaux et les pouvoirs publics. Inspiré du colbertisme, ce pacte remet l’Etat au coeur des stratégies économiques de la nation. »

A d’ajouter : « Protéger les PME, c’est redresser les comptes de la France par des décisions difficiles mais justes, rééquilibrant la fiscalité entre grands et petits et réorientant le crédit impôt recherche vers les PME. »

On souscrit sans problème et on applaudit à cette défense et illustration des PME. Se pose toutefois la question : se fera-t-elle au détriment des grands groupes, comme peuvent le laisser supposer certains propos ?

Pour l’instant on ne peut que s’interroger. Mais la question n’est pas neutre. La santé de la plupart des PME et leur croissance sont étroitement liée à celles de leurs donneurs d’ordres, les grands groupes.  Est-il possible de booster les unes en pénalisant les autres ? Délicate balance.

Quant au crédit d’impôt recherche, on constatera que malgré les conclusions de l’étude récente faite par Futuris (voir le post sur le blog),  il n’échappe pas à une nième révision. Il semble que l’on n’y peut rien. C’est devenu une habitude... 

Avons-nous les dirigeants « numériques » dont nous avons besoin ?


Combien d'experts du numérique parmi vous ?
Jeffrey F. Rayport de Castanea Partners, (entreprise de private equity)  et Tuck Rickards de Russell Reynolds Associates (recrutement) ont eu une excellente idée. A l’heure de l’économie et autre révolution numérique, ils se sont livrés à un petit jeu : regarder, au sein des entreprises du Fortune 500, lesquelles étaient « intensivement numériques ». 

Pour eux le terme intensivement numérique signifie :
- Le patron et le conseil d’administration ont une solide expérience dans le domaine du numérique
- L’entreprise tire un bonne part de son chiffre d’affaires du numérique
- Son activité profite largement des canaux de distribution numériques

L’idée est vraiment bonne car on peut sans peine imaginer que la culture et l'expérience dans le domaine du numérique du patron et du conseil d’administration peuvent avoir un impact décisif sur la stratégie d’innovation des entreprises. Quelle que soit leur activité elles sont désormais toute fortement impactées par le numérique.

Quel est à votre avis le résultat ? Neuf seulement des Fortune 500, soit moins de 2% méritent un  tel qualificatif. Sur le Fortune 100, on atteint 7% et soulignent nos auteurs, seuls 13% ont des conseils d’administration bien au fait du numérique.

C’est effectivement peu, surtout pour des entreprises qui sont majoritairement américaines et sont donc censées être plutôt à la pointe en la matière. Et cela sans compter le nombre de grandes entreprises américaines dont le numérique est effectivement le métier - les Microsoft, Apple, IBM, Google…-  et qui sont évidemment fort bien dotées d’experts en numérique à tous les niveaux !

Je me dis en passant qu’il serait pour le coup vraiment intéressant de faire une enquête du même genre auprès des grands groupes français (ou européens). Je serai vraiment curieux d'en connaître les résultats.  ( Ce serait certainement très instructif aussi,  au-delà des entreprises de voir combien de responsables politiques ont une solide culture numérique, et je ne parle pas d’avoir un compte twitter…)

En tout cas, nos deux auteurs américains constatent dans l’article d’Harvard Business Review, qu’aux Etats-Unis, cette situation est en train d’évoluer à vive allure. Ils citent ainsi HP, dont le pdg Meg Whitman vient d’eBay. Et aussi la promotion d’un ancien d’Apple au poste de CEO du distributeur JC Penney.

De même, ils constatent l’entrée dans les conseils d’administration de nombreux spécialistes du numérique dans des secteurs traditionnels. Par exemple chez Pepsi, Procter&Gamble, Berkshire Hathaway (services financiers) ou encore FedEx (logistique).

Bref, ils conseillent à toutes les entreprises de se poser la question : « avez-vous le leader « numérique » dont vous avez besoin ? » et  de « numériser » leurs responsables. Ils se montrent d’ailleurs plutôt optimistes pour les USA, prédisant que « d’ici a deux ans d’énormes progrès seront faits en la matière. »

A lire
L’article de HBR : Do You Have the Digital Leaders You Need ?

jeudi 28 juin 2012

Les 15 études et rapports incontournables (le best of !)


Eh bien lisez maintenant... 
De très nombreux études et rapports très instructifs (mais souvent en anglais…) ont été évoqués plus ou moins longuement sur ce blog. Beaucoup méritent vraiment d’être lus par ceux qui sont concernés par la réindustrialisation.

Si vous les avez manqués, voici une petite session de rattrapage avec les liens directs vers ces documents. C’est une version enrichie de tous les nouveaux rapports publiés depuis la première version de ce best of qui datait du 23 avril dernier.

 Le lien « lire le post » renvoie vers l’article correspondant du blog qui, souvent, résume (en français…) les points clés des différents documents.

Rapport à la DGCIS et la Datar Le rapport sur l’évaluation des pôles de compétitivité Le rapport complet (179 pages) et La synthèse du rapport (23 pages)

Rapport du Pipame à la DGCIS :  Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de service en France  
Le rapport (196 pages)

L'étude Futuris : Le crédit d'impôt recherche : quelle efficacité ? 
Le rapport (41 pages) sur le site de l'ANRT

Ernst & Young pour la DGCIS : la compétitivité des industries graphiques françaises  Le résumé de l’étude (4 pages)  L’étude complète (128 pages) 

Mc Kinsey :  L’emploi en France – 5 priorités pour 2020   
Le résumé du rapport (4 pages en français) L’intégralité du rapport ( 44 pages en anglais) 

Le World Economic Forum  avec Deloitte Touche Tohmatsu :  The Future of Manufacturing - Opportunities to drive economic growth.  
Le rapport (83 pages) 

Boston consulting group : les rélocalisations vers les USA
Lire le post correspondant 


Centre d'analyse stratégique : La R&D dans le monde

Bruegel : Pour une politique industrielle en Europe
Lire le rapport du think tank bruxellois Bruegel  Rethinking industrial policy (8 pages)
Lire le post correspondant  

ITIF : Les différent modes de croissance et pourquoi le mercantilisme est voué à l’échec
Lire le rapport du think tank ITIF sur les politiques d’innovation :  The Good, the Bad, and the Ugly of Innovation Policy.” (107 pages)
Lire le post correspondant 

Commision Européenne : Quelles technologies clés pour l’Europe
Lire le rapport  pour la commission européenne réalisé par un high level expert group présidé par Jean Therme Key enabling technologies (51 pages)
Lire le post correspondant  

Etats-Unis : de l’importance de la R&D en faveur du manufacturing
Le plan national américain sur le manufacturing réalisé par l’executive office of the president national science and technology office :  A National Strategic Plan for Advanced Manufacturing (38 pages)
Lire le post correspondant 

Banque mondiale : quel avenir pour la Chine
Le rapport complet China 2030: Building a Modern, Harmonious, and Creative High-Income Society (391 pages)
Lire le post correspondant 

Brookings Institution : de l’importance de l’industrie manufacturière
Lire le rapport 
Why Does Manufacturing Matter? Which Manufacturing Matters? »  (53 pages)

Cercle de l’industrie :  propositions pour la compétitivité
Lire le détail des dix propositions du Cercle de l’industrie : 
Les conditions de la relance de la compétitivité industrielle.
Lire le post correspondant 

 TIC : Ce que veulent les PME françaises 
Lire le Manifeste des 5000 PME innovantes de la filière TIC porté par des pôles de compétitivité français
Lire le post correspondant

mercredi 27 juin 2012

Fleur Pellerin rassure les PME

Très intéressante interview de Fleur Pellerin ministre déléguée chargée des PME, de l’innovation et de l’économie numérique dans Les Echos. J’en extrais ceci :
« Nous avons toujours indiqué qu'une attention très particulière serait portée aux PME, qui sont les réserves d'emplois de demain. Toutes les mesures qui seront prises le seront dans un souci d'équité, et l'effort principal sera demandé aux plus grandes entreprises. »
Mais ceci également me paraît particulièrement important à souligner 
« Nous mettrons en place un « test PME », qui consistera à évaluer, en amont, l'impact sur les PME de toute mesure nouvelle proposée par le gouvernement. Nous l'avons déjà mis en oeuvre de manière informelle dans notre réflexion budgétaire, et il sera formalisé à l'automne dans un plan PME. »
Si la devise hippocratique du  « primum non nocere » s’impose au MRP, on ne peut que se réjouir. Mais pourquoi pour les seules PME ? 

Lire l’interview des Echos : Fleur Pellerin : «La droite n'a pas le monopole de l'esprit d'entreprise» 

La mécanique ? Vous n’avez pas fini d’en entendre parler !


Voilà une campagne de communication au long cours. C’est le moins qu’on puisse dire : elle commence aujourd’hui, avec une conférence de presse. Elle durera… trois ans ! Jusqu’en 2014. Elle est lancée par la Fédération des Industries Mécaniques, la FIM. Baptisée « La mécanique en France, bien plus qu’une industrie » elle est destinée notamment à redorer le blason des industries mécaniques.

C’est une bonne idée. On oublie en effet trop souvent que la mécanique - avec une image un peu passéiste - est en fait une véritable industrie high tech. Et qu’elle est indispensable au développement de la plupart des innovations. Elle leur donne vie que ce soit dans l’automobile, l’aéronautique, l’énergie, le BTP, le transport, l’électronique, l’informatique, la construction navale,l’agroalimentaire, le textile, le médical, la chimie, ou encore la parachimie et la pharmacie…

« Là où il y a production industrielle, il y a mécanique » affirme la FIM.  Ce n’est pas exagéré. La FIM précise également que, « en 2011, avec 109 milliards d’euros, son chiffre d’affaires en France a augmenté de 8,3% progression supérieure à celle de la production industrielle des pays de l’OCDE, qui a atteint 2,6% ». 

La fédération va utiliser toute une panoplie de moyens pour faire passer son message. Des classiques, comme des campagnes de publicité et des Assisses (qui se dérouleront en février 2013). Des numériques avec un site et l’usage de twitter, facebook et autres You Tube.

Le site qui ouvre aujourd’hui est articulé autour de 6 thématiques (innovation, compétitivité, environnement, international, métiers, vitalité des territoires), et propose des articles, des interviews, des chiffres clés, une sélection de photos et une Web TV.

Pour le lancement de cette campagne, la FIM a publié un manifeste «  Pourquoi concevoir et produire en France dans une économie globalisée ». Il présente l’industrie mécanique, ses atouts et quelques recommandations pour renforcer cette filière qui (ne) se situe (qu’) au sixième mondial derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, le Japon et l’Italie.

Parmi les défis à relever : la formation et la compétitivité qui passe par une modernisation des moyens de production (robotisation) et l’impératif d’exportation, les grands marchés de la mécanique se situant aujourd’hui dans les pays émergents, les BRIC en particulier.

Ce dernier défi impose notamment que le tissu de PME qui compose l’essentiel des entreprises fançaises évolue peu à peu vers des entreprises de plus grande taille, de type ETI. Plus de 95% des entreprises sont en effet des PME voire des TPE. La filière compte en effet 11500 entreprises de plus de 10 salariés (soit 620 000 personnes). Si l’on prend en compte les entreprises de moins de 10 salariés elles sont 50000 (soit 850000 salariés) !

Pour en savoir plus
Voir le site : http://www.bienplusqu1industrie.com/
Voir la page Facebook : http://www.facebook.com/FederationIndustriesMecaniques
Télécharger le manifeste Pourquoi concevoir et produire en France dans une économie globalisée 


Montebourg : mais où va-t-il chercher tout ça ?

"La même trajectoire que les
ordinateurs personnels" ?
Je le pressentais. J’en ai la quasi confirmation. Arnaud Montebourg est un afficionado du livre de Jeremy Rifkin : « La troisième révolution industrielle »

D’où vient ma conviction ? De ces propos rapportés par le magazine Creusot-infos du 22 juin. On les croirait issu du livre :
«Tout le monde à son niveau devra devenir producteur ou bien générer des économies. C’est vrai des particuliers avec le photovoltaïque. Mais on a aussi besoin d’un grand programme d’économies d’énergies et de rénovation thermique dans les logements des particuliers, pour diminuer la facture énergétique de nos concitoyens. Notre société doit devenir productrice d’énergies de façon décentralisée. C’est la troisième révolution industrielle. Toutes les précédentes révolutions industrielles et les développements de notre pays se sont faits avec de nouvelles énergies. Le chemin de fer avec le charbon, la voiture avec le pétrole, les TGV avec l’électricité. »

C’est bien d’avoir un ministre qui s'informe. Cela dit, je ne voudrais pas jouer les trouble-fête, mais, personnellement, je ne suis pas convaincu des mérites de cet ouvrage et j'en profite pour exprimer mes critiques à son sujet. Selon moi, malgré quelques points de vue intéressants, le livre de Jeremy Rifkin a le défaut d'être avant tout un livre de militant. Et, comme nombre de militants, l'auteur n’hésite pas à distordre la réalité pour la mettre à son service.

En particulier, toute sa thèse est fondée sur le postulat que les prix « des énergies vertes diminuent à bon rythme grâce aux nouvelles percées technologiques, à la rapidité d’adoption et aux économies d’échelle. » Vrai. Mais probablement pas au rythme qu’il laisse supposer ce qui, pourtant, soutient toute son argumentation sur la troisième révolution industrielle.

Là où le bât blesse est dans la démonstration bancale qu’il  donne pour justifier ce point de vue.

Il écrit d’abord : « le coût de l’énergie photovoltaïque devrait baisser de 8% par an – il sera donc divisé par deux tous les huit ans ». Bien.

Puis il tente un parallèle entre la croissance de la commercialisation des technologies solaires et éoliennes et celle des ordinateurs personnels. Il souligne que les installations d'équipements solaires et éoliens doublent tous les deux ans et « sont donc bien partis pour suivre la même trajectoire que les ordinateurs personnel » qui ont connu une telle croissance.

C’est aller vite en besogne,  oublier une chose et mélanger deux phénomènes de nature différentes. L’explosion de la microinformatique est entièrement due aux fulgurants progrès des circuits intégrés – en particulier les microprocesseurs- qui, selon la fameuse « loi de Moore » ont vu depuis 30 ans leurs performances doubler tous les ans et leur prix suivre la trajectoire inverse. Cela signifie une multiplication des performances (ou une division des prix) par 256 en huit ans ! Pas par un facteur 2 comme dans le cas du photovoltaïque.

 Il n’est donc pas assuré que avec de telles baisses de prix, le solaire ou l’éolien ( dont le prix est encore plus difficile à faire baisser, sauf effets d'échelle) continuent à voir doubler leur parc tous les deux ans comme l’ont fait les microordinateurs (et Internet qui a prospéré de même grâce à des coûts de bande passante suivant une trajectoire identique à celle des processeurs).

Bref, à moins d’une véritable révolution technologique que l’on ne peut que souhaiter – un black swan énergétique – toutes les formidables prédictions de Rifkin avec ses « centaines de millions de personnes produisant leur propre énergie verte à domicile, au bureau, à l’usine » prennent un sérieux coup dans l’aile. L’énergie verte « abondante et gratuite », comme l’est devenue la puissance informatique ou la bande passante des réseaux n’est pas pour demain…

 Cela ne signifie pas pour autant que les piste de « l’énergie décentralisée » et celle d’un « Internet de l’énergie » soient à négliger. Elle sont d’ailleurs… déjà planifiées ! Le smart grid, le réseau électrique intelligent, débute sa mise en place en France (avec les compteurs intelligents qui seront généralisés d’ici à 2020). Et la prochaine réglementation thermique (la RT 2020), prévoit que tous les immeubles construits à partir de cette date seront à « énergie positive », c'est-à-dire intégreront leur propre source d’énergie (verte). Quant au programme de rénovation thermique des bâtiments existants, il est lui aussi prévu par le Grenelle de l’environnement.

Tout cela dit pour relativiser la portée du discours du prophète de la troisième révolution industrielle qui, à mon avis, pousse le bouchon un peu loin. D’autant que son livre – et c’est toute l’ironie de l’histoire – est essentiellement écrit pour convaincre les américains de prendre modèle sur ce qui se fait en Europe... Américains qui, eux, ont déjà dix bonnes longueurs d'avance sur l'autre troisième révolution industrielle, la vraie, celle du numérique...

A lire
L'article de Creusot-infos :

lundi 25 juin 2012

Les cadres de haut niveau se « délocalisent » en Asie


Hong Kong : la porte des marchés chinois
L’année dernière, Jean-Pascal Tricoire, président du directoire de Schneider Electric, avait défrayé la chronique en indiquant qu’il installait sa famille à Hong-Kong. Simultanément, deux des membres de son comité exécutif - Karen Ferguson, directrice générale ressources humaines, et Philipe Delorme, directeur général stratégie et innovation – jusqu'ici basés en Europe étaient « délocalisés » à Hong-Kong.

Un article de l’ International Herald Tribune confirme que cette délocalisation des cadres de haut niveau vers l’Asie est en train de devenir pratique courante.

Ainsi, John Rice, vice chairman de General Electric et responsable global growth and operations pour l’entreprise, a lui, non seulement installé sa famille à Hong Kong, mais y habite désormais. Il dit : « être installé ailleurs qu’aux USA vous rend plus sensible aux enjeux globaux. Vous voyez le monde avec des lunettes différentes.”  

Mieux. L’article indique aussi que le siège d’ Infiniti, la filiale haut de gamme de Nissan, sont désormais installés à Hong Kong. Cette ville « est la porte de la Chine et la Chine est pour nous le marché en plus forte croissance » justifie le responsable de l’activité luxe chez Nissan.

D’après l’ Economist Corporate Network, le phénomène est en forte accélération depuis quelques années. En 2008, pas plus de 19% des multinationales non asiatiques avaient installé un  ou plusieurs membres de leur conseil d’administration en Asie. En 2011, elles étaient 30%  et l’étude de 2011 indique qu’elles devraient être plus de 45% en  2016 !

Hong Kong et Singapour sont les deux principales destinations. Avec des motivations différentes. La première ville est clairement considérée comme la porte de la Chine tandis que Singapour apparaît comme l’étape privilégiée pour conquérir l’Asie du Sud Est et l'Inde.

A lire
L’article de l’IHT : Companies Shift Top Offices to Asia, Seeking to Crack Markets

vendredi 22 juin 2012

Qu’est-ce qui est vraiment différent dans la macroéconomie de l’Allemagne ?


Un transfert efficace des
revenus vers les entreprises
Le rapport Flash Economie de Natixis s’intéresse ce mois ci à la comparaison de l’Allemagne, la France et de l’Italie. Il essaie  d’identifier les différences importantes entre les caractéristiques macroéconomiques des 3 pays qui pourraient expliquer une particularité de la situation allemande, à savoir :  
- l’évolution des salaires et du partage des revenus ;
- la fiscalité ;
- le comportement d’épargne et de dépenses des ménages ;
- le comportement de dépenses des entreprises.

De nombreux graphiques illustrent cette démarche.
On se contentera de retenir les constatations cette étude économique, à savoir qu'en Allemagne on peut noter :  
- la déformation du partage des revenus en faveur des entreprises
- la faiblesse de la pression fiscale sur les entreprises,
- la faiblesse de la propension à dépenser des ménages,
- l’utilisation des profits élevés des entreprises pour le désendettement, mais aussi pour investir, créer des emplois et augmenter les salaires depuis 2006.

Conclusion de Patrick Artus, auteur de cette note : « il y a donc eu en Allemagne une politique efficace de transfert des revenus vers les entreprises puisque les entreprises dépensent ces revenus et que les ménages dépensent peu. »

Lire
La  note de 8 pages Qu’est-ce qui est vraiment différent dans la macroéconomie de l’Allemagne 

jeudi 21 juin 2012

Redressement productif : alarme ! alarme !

En attendant les mesures d’Arnaud Montebourg qui doit présenter son plan de redressement industriel « dans quelques semaines », les patrons commencent à s’inquiéter sérieusement. 

Aujourd’hui c’est la CGPME qui réclame une suspension du projet de coup de pouce au SMIC. Voici son communiqué :

« Les clignotants de l'économie sont passés à l'orange. Le taux de marge des entreprises françaises est désormais le plus faible d'Europe. Les délais de paiement, y compris publics, s'allongent menaçant directement la pérennité des entreprises les plus fragiles alors même que les banques rechignent à financer les crédits court terme.
Dans un tel contexte, il serait incompréhensible que le gouvernement persiste à vouloir augmenter le SMIC au-delà de la revalorisation "technique" prévue au 1er juillet. Un coup de pouce politique mettrait de manière directe en danger des milliers de TPE/PME dans l'incapacité de supporter une augmentation de leur masse salariale alors même que leurs marges se contractent. "L'effet de ciseau" serait ravageur pour l'économie et pour l'emploi.
La CGPME réclame une suspension du coup de pouce envisagé. La dégradation de la conjoncture l'exige. »

Ce message fait suite à l’initiative d’Yvon Gattaz, patron de l'ETI Radiall et président du syndicat Asmep-ETI, qui regroupe les entreprises familiales. Il a écrit il y a quelques jours à François Hollande pour l'alerter sur les dangers d'une remise en cause du pacte Dutreil. Une loi qui permet d'alléger le fardeau fiscal lors de la transmission d'une entreprise.

 Il estime dit Le Figaro qu'une telle décision condamnera les entreprises familiales à se vendre à des groupes étrangers. «Le gouvernement doit prendre toutes les mesures pour conserver les entreprises familiales de taille intermédiaire sur notre territoire, en maintenant totalement les lois Dutreil qui les ont sauvées et sauvé leurs emplois», affirme Yvon Gattaz.

Bref, ça commence à chauffer… la pression monte.

Ajouté le 22 juin à 16 heures : venant s'ajouter au choeur des PME et ETI, ce matin l'inoxydable Alain Minc s'est inquiété à son tour dans le quotidien Les Echos. Il dit "cette alternance est une bénédiction pour la société et une malédiction pour l'économie" et ajoute : " Cette gauche a appris le kéynesianisme, pas le schumpéterisme. Elle n'a pas appris ce qui fait la dynamique de l'économie. Elle engage une politique qui nous met à rebours de tous nos partenaires, une politique qui va accroître notre déficit de compétitivité vis-à-vis de l'Allemagne et, bientôt, aussi, vis-à-vis des Espagnols et des Italiens."

mercredi 20 juin 2012

L’innovation, talon d’Achille des pôles de compétitivité


Ce n'est pas que de la R&D (et réciproquement)
Bearing Point, Erdyn et Technopolis ITD viennent de remettre à la DGCIS et la Datar leur rapport sur l’évaluation de la deuxième phase des pôles de compétitivité. 

Pour une fois les nouvelles sont plutôt bonnes. Même s’il trouve quelques points à améliorer, le rapport est très largement positif :

« Cette évaluation met en évidence l’efficacité de l’action des pôles de compétitivité. La majorité des entreprises membres des pôles déclarent avoir augmenté leurs investissements et effectifs en R&D depuis leur adhésion. Près de 66 % des entreprises membres affirment avoir créé des emplois et plus de 80 % en avoir maintenu. Enfin, un tiers des entreprises membres indiquent que leur appartenance à un pôle leur a permis d’augmenter leur chiffre d’affaires et d’améliorer leur capacité à exporter. » Le tout sans compter la création d'un nombre non négligeable de start-up. C'est bien.

Le copieux rapport de près de 180 pages passe au crible tous les aspects et tous les apports des pôles. Il s’achève par des propositions d’évolution et des recommandations  pour l’avenir.

Au milieu de tout cela, une chose à retenu mon attention. « L’action des pôles en faveur des projets de R&D collaboratifs s’est portée davantage sur l’émergence et la structuration des projets, que sur leur accompagnement après obtention du financement et le suivi des résultats et des innovations produites » peut –on lire dans le rapport.

Et plus précisément : « Les dernières étapes du cycle de l’innovation avant la mise sur le marché ne sont pas bien couvertes par les instruments publics de financement et insuffisamment accompagnées par les pôles. »

Autrement dit, pour résumer un peu abruptement : les pôles c’est bien pour la R&D, un peu moins efficace pour l’innovation.

Cette faiblesse n’a en fait rien d’étonnant : la plupart des systèmes dits d’aide à l’innovation, en premier lieu le crédit d’impôt recherche (CIR), sont de fait des systèmes d’aide à la R&D. Sacrée différence ! L’innovation, c’est la mise sur le marché d’un produit ou d’un service. La R&D c’est… de la R&D. Et l’innovation ce n’est pas que de la recherche !

Beaucoup militent d’ailleurs pour le CIR ne se contente pas de financer la recherche stricto sensu et devienne un véritable outil d’aide à l’innovation. Une sorte de Crédit d’impôt innovation. Qu’il élargisse ainsi son assiette à la mise au point d’un prototype, les aspects marketing etc.

Dans ce contexte le rapport sur les pôles indique au chapitre recommandations que  « la troisième phase de la politique des pôles doit être centrée sur le concept d’une « usine à croissance » des PME et ETI, couplée aux actions en faveur de l’écosystème d’innovation et de croissance. Les acteurs de l’écosystème fédérés par les pôles doivent désormais accroître leurs efforts pour obtenir encore davantage de résultats commercialisables, à travers une vision complète du cycle du projet. »

Si j’ai bien compris, cela signifie qu’il faut mettre davantage l’accent sur l’innovation, sur la mise sur le marché de produits (ou de services) innovants, sources de croissance. Cela ne paraît pas une mauvaise idée.

(Si vous êtes intéressés par l’innovation, j’en profite pour vous inviter à lire le livre que j’ai publié aux éditions Lavoisier et qui traite notamment des thèmes abordés ici. Il s’appelle : « La vraie nature de l’innovation. » Tout un programme !)

A lire 
Le rapport complet sur l’évaluation des pôles de compétitivité (179 pages)
La synthèse du rapport (23 pages)
Le livre : "La vraie nature de l’innovation – Pourquoi elle met en cause les fondements de l’entreprise"

Les ETI françaises font grise mine


La Direction générale de la compétitivité, de l'industrie et des services (DGCIS) s’efforce de donner un ton un peu positif au titre des son étude annuelle sur les ETI : « Les ETI gardent en partie leur confiance en l’avenir mais font face à un contexte difficile en Europe. » Mais elle ne peut empêcher la dure réalité : en 2012 les ETI françaises qui gardent en partie leur confiance font franchement grise mine.

 En effet  écrit le "4 pages" de la DGCIS:

- Les prévisions d’activité des ETI en 2012 sont moins optimistes qu’en 2011.
- Les perspectives d’évolution des carnets de commandes s’assombrissent.
- Le ralentissement de la conjoncture en Europe impacte principalement les perspectives des ETI fortement internationalisées
- Pour financer leurs investissements, les ETI auront davantage recours à l’endettement. Mais estiment que l’accès au crédit se resserre.
- Elles prévoient une dégradation de leur situation de trésorerie.

Les seules sources d’optimisme se trouvent dans le fait que :

- les projets d’expansion en France ou à l’étranger demeurent
- de nombreuses ETI prévoient  de nouvelles implantations et pensent embaucher
- Les prévisions d’investissement restent optimistes tout en marquant un repli par rapport à 2011.

Bref, c'est pas la joie. Pour mémoire, on se rappellera que l'an dernier, la même note s'intitulait : "Les ETI, confiantes dans leur avenir, misent sur l’innovation et l’internationalisation"...

Mis à part cela, on trouve quelques données intéressantes dans cette note, concernant les performances des ETI françaises à l’export. Il apparaît que, en 2011 :
- Les ETI françaises ont réalisé en moyenne 16 % de leur activité à l’international.
- Deux ETI sur cinq ont une activité à l’international (chiffre d’affaires à l’étranger supérieur à 5 %).
- 24 % des ETI nationales peuvent être considérées comme fortement internationalisés c’est à dire que plus du quart de leur chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger.
- La majeure partie de l’activité internationale des ETI est réalisée au sein de l’Union européenne, mais cette part est en train de diminuer : en 2011, environ 60 % du chiffre d'affaires à l'étranger est réalisé dans l’UE contre deux tiers l’année précédente.
- 31 % des ETI possèdent une implantation à l’étranger. Ces filiales situées à l’étranger emploient 14 % des effectifs des ETI.
- Les ETI sont d’abord implantées dans l’Union européenne : 22 % des ETI y possèdent des filiales. Mais celle-ci est talonnée par les pays émergents : 11 % des ETI y sont présentes.
- Les projets de développement à l’international demeurent nombreux, 14 % des ETI prévoient de créer au moins une nouvelle filiale ou coentreprise à l’étranger en 2012. Le tiers de ces projets  a pour destination l’Asie.


Pour en savoir plus
Lire le « 4 pages » « Les ETI gardent en partie leur confiance en l’avenir mais font face à un contexte difficile en Europe. »

lundi 18 juin 2012

Robotique de service : un avenir pour la France ?


Une mine d'informations
Le pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (PIPAME) vient de rendre publique l’étude sur  « Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de service en France » réalisée pour donner  aux pouvoirs publics « une vision claire de la réalité de cette industrie et de ses marchés, ainsi que de leur potentiel à moyen terme, en France et dans le monde. »

Elle examine trois segments de ce marché :
- La robotique d’assistance à la personne en perte d’autonomie, 
- La robotique personnelle et le robot compagnon, 
- La robotique de surveillance et de gardiennage. 

Cette étude fournit énormément d’informations, aussi bien sur les différents types de robots, leurs applications, les technologies mises en œuvre ainsi que sur les marchés potentiels et les grands acteurs de ces marchés. Une vraie mine d’information pour qui veut s’intéresser au sujet.

Concernant la situation de la France, on retiendra ces faits saillants soulignés par l’étude :

•  Une volonté politique affirmée pour un développement de la filière dans quelques pays, dans lesquels des plans stratégiques ont été définis pour le supporter. L’exemple emblématique en est la Corée du Sud, qui a pour ambition de devenir le leader mondial dès 2018. Mais on peut citer également le Japon ou les États-Unis qui portent la filière, par exemple à travers un investissement massif dans la défense pour les États-Unis,  irriguant l’ensemble de la chaîne de valeur ;

•  La France est reconnue comme un acteur important de la robotique sur le plan académique, et a vu naître quelques entreprises reconnues sur le secteur comme Aldebaran Robotics ou Robopolis. Elle se caractérise cependant par une industrie composée principalement de petites entreprises, relativement jeunes, qui n’ont pas encore trouvé leur marché. À la différence de l’Allemagne, cette industrie ne se construit pas sur le terreau de la robotique industrielle, secteur dans lequel la France est absente, mais sur la base de la valorisation de travaux de laboratoire ; 


 Les grands groupes industriels français ne communiquent pas aujourd’hui autour de la robotique, qui reste pour la plupart d’entre eux un objet de veille plus qu’un sujet d’actualité ;


 En France, le capital-risque ne s’était pas réellement saisi de cette problématique. Associé à des visions d’entreprises essentiellement tournées vers la technologie plutôt que vers les marchés, cela conduit aujourd’hui à un manque chronique de fonds propres des PME pour conduire leur développement. Un fonds, Capital Robolution, vise cette filière spécifiquement depuis début 2012.

Vous en saurez bien plus en lisant « Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de service en France »  (196 pages)

« Le » livre indispensable pour comprendre la 3è révolution industrielle (pas celui que vous croyez…)

Jeremy Rifkin a écrit il y a peu : « La troisième révolution industrielle ». Ce livre a été largement médiatisé. Oubliez-le. A mon avis, il  est « out ». En revanche, si vous voulez vraiment comprendre en quoi consiste la troisième révolution industrielle, jetez vous sans tarder sur « L’âge de la multitude – Entreprendre et gouverner après la révolution numérique ». C’est un must. Il vous donnera toutes les clés. Tous les outils intellectuels indispensable pour déchiffrer ce qui se passe vraiment avec le numérique. Vous ne serez pas déçus.

Le livre a été écrit par Nicolas Colin et Henri Verdier. Le premier est inspecteur des finances, ingénieur et entrepreneur. Le second est, entre autres, président du pôle de compétitivité Cap Digital et fondateur d’une start-up du numérique. Et cela change tout. L’un d’entre eux au moins est plongé au quotidien dans le numérique. Il ne se contente pas de l’analyser. Il le vit.  Du coup le livre nous  donne a comprendre de l’intérieur les arcanes de cet univers aux lois apparemment si étranges. Il révèle les fondements de la logique bizarre qui fait le succès des Facebook, Twitter et autres Amazon. Ce livre est « in ». Mieux, il est « inside ».  

« L’âge de la multitude » s’appuie sur deux idées fortes : la « puissance de la multitude » et le pouvoir des « plateformes » qui permet à la première de s’exercer. Je n’en dirai pas plus. Je vous laisse découvrir. Mais munis de ces deux concepts, on comprend soudain en quoi le numérique est bel et bien une révolution. Et pourquoi, en conséquence, il n’est plus possible désormais de raisonner avec les outils intellectuels d'hier, quelle que soit l’activité que l’on mène.

Bref,  l’ouvrage nous fait un précieux cadeau : il nous donne la grille de lecture indispensable pour saisir ce qui se trame ! Et, ce faisant il apporte à la réponse  à la question posée au tout début du livre :
 « Pourquoi, vingt cinq ans après la révolution numérique est-il encore si difficile aux Etats, aux grandes entreprises et aux autres institutions de s’adapter à cette nouvelle donne ? » 

Cerise sur le gâteau, il se lit d’un trait, sans effort, avec plaisir. Et je l’avoue, il me rend un peu jaloux. C’est le livre que j’aurais aimé écrire sur le numérique.

En tout cas, si vous connaissez Fleur Pellerin (ministre déléguée au numérique) arrangez-vous pour qu’elle jette un œil sur l’ouvrage. Et plus encore si vous avez quelque influence sur Arnaud Montebourg. Il m'a semblé à l’entendre, qu’il s’est laissé séduire par le livre de Rifkin. Ce n’est pas rédhibitoire, mais ce serait encore mieux s’il piochait quelques idées dans « l’âge de la multitude »

« L’âge de la multitude – Entreprendre et gouverner après la révolution numérique ». Nicolas Colin et Armand Verdier. Ed.: Armand Colin. 286 p.; 22, 90 €

vendredi 15 juin 2012

Pourquoi on ne peut se passer du “manufacturing”


Plus un pays maîtrise des productions
complexes, plus grande est la prospérité
Je reviens sur le rapport du World Economic Forum dont il a déjà été question sur ce blog. Et c’est pour y piocher les résultats d’une étude menée par Ricardo Hausmann et César Hidalgo, chercheurs à Harvard et au MIT. Je la résume rapidement, mais le mieux est de la lire…

Leur étude jette une belle lumière sur l’importance de la production manufacturière. En se basant sur les exportations de produits manufacturés de 128 pays pendant les soixante années passées, ils montrent que plus de 70% de la variation des revenus pour ces pays sont le fait de ces exportations.

Surtout, ils mettent en évidence les liens entre la complexité économique et le savoir-faire en fabrication. Ils soulignent que, une fois qu’un pays a commencé à fabriquer des produits et à acquérir les savoir-faire correspondants, le chemin vers la prospérité devient plus aisé. Et que plus les produits et les processus de fabrication maîtrisés sont complexes, plus la prospérité est grande.

Ils montrent également que  les économies les plus complexes ont la capacité d’exporter une large gamme de produits originaux que leurs concurrents ne savent pas produire car ces économies ont accumulé des savoir-faire en production dont les autres ne disposent pas.

Ils concluent ainsi, d’une part que la prospérité avance au même pas que la complexité économique, mais aussi que le lien entre production, complexité économique et prospérité constitue le meilleur indicateur pour expliquer les variations de revenus des pays. Autrement dit, plus les capacités de production d’un pays sont évoluées plus importante est la prospérité. 

Autre éclairage important. L’étude souligne que les pays ne peuvent pas faire n’importe quoi en terme de production, c'est-à-dire qu’il est plus facile de maîtriser la fabrication de nouveaux produits quand ils sont proches de ceux que l’on fabrique déjà. Autrement dit la meilleure voie pour un pays qui souhaite faire évoluer sa production consiste à sauter sur des « possibilités adjacentes » et non pas à se lancer à corps perdu dans des activités entièrement nouvelles. Il est plus facile de passer de la fabrication de jouets à celle de télévisions que du textile à l’aéronautique.

A lire 
Le post sur le rapport du WEF
Le rapport du WEF : The Future of Manufacturing - Opportunities to drive economic growth (80 pages en anglais). La recherche dont il est question ici se trouve en page 10

jeudi 14 juin 2012

Lorraine : Beffa met les pieds dans le plat


"Faut-il  à tout prix chercher à sauver une industrie
désavantagée au niveau planétaire ?" 
Très bon article publié ce matin dans Le Républicain Lorrain à propos de Jean-Louis Beffa qui a semé hier la stupeur en s’opposant au projet Ulcos de récupération-stockage de CO2 sur le site de Florange.

Je ne veux pas déflorer son contenu mais j’en reprends ceci : « Faut-il à tout prix chercher à sauver une industrie désavantagée au niveau planétaire, s’est interrogé l’ex patron de Saint Gobain à propos de la sidérurgie lorraine, ou parvenir à être compétitifs dans des secteurs nouveaux ? »

La question illustre toute la difficulté de mener une « politique industrielle », d’autant qu’elle est à rapprocher de ce que disait hier Arnaud Montebourg lors de sa conférence de presse. Il stigmatisait l’abandon par la France de son acier par la vente d’Arcelor et celle de son aluminium suite à la vente de Péchiney.

A propos de sidérurgie, il rappelait que la communauté européenne s’était fondée autour de l’acier (et du charbon) et indiquait qu’il allait entreprendre une tournée en Europe pour trouver une solution car il fallait en la matière « une réponse européenne ».

Acier or not acier ? That is the question… ou, comme le dit le titre du livre de Beffa : "La France doit choisir"


A lire
L’article du Républicain Lorrain : Ulcos : Beffa l’iconoclaste

Crédit d’impôt recherche : gardez-vous des conclusions hâtives !


Un effet d'aubaine ?
Le crédit d’impôt recherche (CIR) suscite des réactions épidermiques.  Les uns y voient un formidable outil propre à doper l’innovation en France. D’autres dénoncent « l’effet d’aubaine » dont profiteraient abusivement les grandes entreprises qui se contenteraient d'en engranger les bénéfices sans faire un iota de R&D en plus.

 Une belle étude publiée en mars dernier par Futuris (ANRT) incite à un peu plus de prudence dans les propos.  Juger des effets réels du CIR est beaucoup plus compliqué que cela, avertit-elle.

D’abord par ce que « la controverse portant sur le CIR est principalement focalisée sur une seule question : le CIR parvient-il à induire une augmentation de la dépense privée de R&D ou, à l’inverse, n’est-il qu’un « cadeau » sans effet ? Plus rarement, on entend également poser la question de son efficacité en termes d’attractivité de centres de R&D de firmes étrangères. Mais jamais le débat sur l’efficacité du CIR n’a véritablement abordé les questions de la croissance des jeunes entreprises innovantes, de l’embauche de jeunes chercheurs dans les entreprises, ou de l’intensité des coopérations public-privé, qui sont pourtant, eux aussi, des objectifs explicites de la mesure. »

Ensuite parce que l’analyse sérieuse et approfondie des effets du CIR réclame du temps, beaucoup de temps. L’étude souligne ainsi la propension à remettre ses mécanismes en cause tous les 5 ans – durée d’une mandature. Or, dit-elle « cela représente à peine le recul nécessaire aux chercheurs pour produire de premières estimations sur son efficacité. » Et ajoute : « il est frappant de constater qu’experts, décideurs et électeurs se poussent mutuellement à réformer une mesure dont ils se privent, ce faisant, de connaître les effets. »

Résultat, l’étude conclut qu’il est urgent d’attendre avant de réformer les dispositifs : « Au vu des résultats aujourd’hui disponibles, l’efficacité de la mesure, considérée au sens de son additivité, constitue l’hypothèse la plus probable. Rien ne permet de conclure à l’urgence de modifier le dispositif avant environ cinq ans, quand ses effets pourront être véritablement mesurés et débattus… »

Les auteurs se basant sur l’exemple d’un grand groupe et d’une PME arrivent toutefois à dégager quelques points clés à partir de ces expériences :

- L’impact du CIR sur la dépense privée de R&D est différent selon la taille de l’entreprise. Pour le grand Groupe, le CIR permet de réduire le coût de la R&D, de lancer et/ou de maintenir des projets de recherche amont qui comportent des risques, et surtout d’être plus compétitif face à ses concurrents. Du côté de la PME, le CIR a un impact direct sur la dépense de R&D et constitue une recette pour équilibrer son modèle économique.
- Dans le cas de la PME comme de celui du grand Groupe, le CIR ne semble pas avoir un grand effet incitatif sur la recherche partenariale.
- Le CIR est un élément pris en compte dans la décision d’embaucher un jeune docteur au sein du grand Groupe mais il ne l’incite pas significativement. En revanche, dans le cas de la PME, le CIR joue un grand rôle dans le recrutement des jeunes docteurs.

A télécharger

mercredi 13 juin 2012

Arnaud Montebourg va installer une escouade de « sauveteurs » en région

PME en difficulté, tenez bon! Les délégués
au redressement productif arrivent.
Première conférence de presse du ministre du redressement productif ce matin, à l’issue du conseil des ministres. Et première mesure, en attendant le « plan de reconquête industrielle » prévu pour « dans quelques semaines ». 

La mesure en question consiste en la mise en  place de « délégués au redressement productif » dans chacune des régions. « Je vais demander aux préfets de me désigner les personnes aptes à remplir ce rôle «  dit Arnaud Montebourg.

Le rôle de ces délégués est d’être les interlocuteusr privilégiés des entreprises en difficulté afin de les protéger et d’« organiser si nécessaire le soutien de l’état ». Ils travailleront avec toutes les parties prenantes.  La participation des médiateurs de la sous-traitance et ceux du crédit -  deux initiatives jugées « très positives » par le ministre - y sera sollicitée.

Pour Arnaud Montebourg, l’idée est d’intervenir au plus tôt avant même la mise en place d’un plan de sauvegarde, avant même que les tribunaux de commerce ne soient saisis afin de trouver rapidement et en toute discrétion des solutions pour sauver ces entreprises. En particulier pour éviter la disparation de « pépites » qui disposent de technologies avancées. Pour s’assurer aussi que des « prédateurs » ne s’emparent de ces technologies.

Les entreprises de toutes tailles sont concernées par ce type d’intervention qui s’apparente à celles du CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle). Ce dernier ne s’adresse qu’aux entreprises de plus de 400 salariés. Ce qui fait dire au ministre que ces délégués sont en quelque sorte des « mini CIRI » régionaux.

Les délégués en question prennent la place des ex « commissaires à la réindustrialisation » qui, selon le ministre, ont quasiment disparu du paysage. « Il n’en reste plus que 6 » dit Arnaud Montebourg. Ils seront recrutés parmi les cadres existants qui connaissent bien le monde de l’entreprise. Une formation complémentaire leur sera donnée si nécessaire dès cet été.

Pour le ministre la mise en place de ces sauveteurs d’entreprises patentés répond à l’urgence de la situation. « Il faudra aller plus loin et lors de la réunion du mois de juillet je proposerai des mesures législatives, notamment pour limiter les plans sociaux abusifs » dit-il. Il fait évidement allusion aux plans sociaux dans les entreprises « rentables ».

Par ailleurs, interrogé sur la récente demande du n°2 de Renault, Carlos Tavarès,  d’un plan de soutien à l’industrie automobile française, Arnaud Montebourg ne s’est prononcé ni pour ni contre mais a indiqué que cette industrie fait actuellement l’objet d’une « instruction particulière » par ses services.

mardi 12 juin 2012

Le portail du ministère du redressement productif est ouvert

Vous pouvez le voir là : http://www.redressement-productif.gouv.fr/

A la Une aujourd'hui :

- Les grandes orientations du ministère en matière d'innovation, d'économie numérique et de soutien aux PME
- Open data : un moteur de l'économie numérique
- Groupe Doux : mobilisation du ministère

La compétitivité des industries graphiques françaises s’érode


La technicité ne suffit pas 
Ernst & Young vient de rendre publique l’étude sur la compétitivité des industries graphiques françaises commandée en 2011 par la DGCIS. Pas de bonne surprise. Le bilan n’est pas terrible.

E&Y écrit : « On observe qu’en France depuis 2000, les exportations de produits imprimés français ne cessent de diminuer alors que les importations sont en constante augmentation. Au-delà d’une décroissance de la demande au niveau européen, la filière française est en décrochage par rapport à ses concurrents. Dans le même temps, les filières graphiques en  Europe (en particulier l’Espagne, la Belgique et l’Italie) conduisent des actions commerciales agressives en termes de prix et de services sur notre territoire, afin de gagner de nouveaux contrats. »

Selon l’étude les causes de cette situation se trouvent en particulier dans le fait que les attentes des donneurs d’ordres évoluent et que les imprimeurs ne suivent pas. Ils  raisonnent encore trop selon une logique de technicité alors que c’est une logique de services qui fait et fera la différence sur le marché.

Et, on pouvait s’y attendre:  «  Le décrochage de la filière française s’explique aussi par des éléments exogènes et endogènes de compétitivité. Au niveau de la fi lière, les salaires moyens en France sont 15% plus élevés que la moyenne des autres pays du panel. Par ailleurs, pour l’industrie, 45,5% du coût de la main-d’œuvre est lié aux charges patronales et à la fiscalité, contre 40,8% en moyenne 
pour les autres pays du panel »

Au total, la main-d’œuvre représente près de 60% de la structure de coûts pour un imprimeur qui ne fournit pas le papier.

Comment faire mieux et profiter des réels atouts de cette industrie ?  L’étude suggère :
- De revoir le marketing de l’offre
- D’inscrire ce marketing dans le décloisonnement de la filère
- De soutenir les facteurs de production
- D’améliorer l’adéquation offre/demande

A télécharger
Le résumé de l’étude (4 pages)
L’étude complète (128 pages)

lundi 11 juin 2012

Le Pentagone veut fabriquer des vêtements sans intervention humaine !


Textile : remplacer le travail par le capital
C’est peut être l’information la plus formidable qu’ait publiée ce blog. La Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), c'est-à-dire l’agence de recherche du département de la défense américain, vient d’accorder  1,25 million de dollars à une start-up, Softwear Automation pour qu’elle développe une machine à coudre totalement automatisée. Une machine ne nécessite absolument aucune intervention humaine.

Cette décision fait rêver et est en outre d’une très grande portée symbolique. La volonté d’automatisation de la Darpa suscite l’espoir d’une renaissance d’une industrie jusque là considérée comme définitivement perdue. L’impensable – le retour de la fabrication de T shirt vers les USA –  serait-il possible ?

C’est en tout cas ce qu’affirme le contractant, Softwear Automation sur son site : « notre mission est de rendre les activités de découpe et de couture de vêtements profitables dans les pays avancés, notamment aux Etats-Unis. Nous travaillons avec d’autres partenaires pour transformer une industrie intensive en travail en une industrie intensive en capital. »  

Le contrat de la Darpa précise pour sa part : « le but ultime est la fabrication de vêtements sans aucune intervention humaine. »

Au niveau du symbole en tout cas la conjugaison de l’automatisation et de l’industrie textile est d’une grande puissance. La révolution industrielle on s’en souvient est née avec l’apparition de l’automatisation sous forme des métiers à tisser. Play it again Sam ?

On rapprochera cette information  de celle qui avait été donnée dans ce blog en mars dernier. Nike a mis au point une machine automatique qui permet de tisser la partie supérieure de ses chaussures. Elle remplace ainsi 37 pièces par 2 seulement. De quoi songer à fabriquer la chaussure dans des pays à coût de main d’œuvre élevé comme les Etats-Unis.

A suivre, donc.

A lire
Le contrat de la Darpa
La présentation de Softwear Automation
L’article sur la machine de Nike

vendredi 8 juin 2012

L’ITIF publie un rapport d’une rare virulence contre la Chine

Le mercantilisme chinois :  y'en a marre !
« Enough is enough. Confronting Chinese innovation mercantilism. » Le titre du nouveau rapport du think tank américain ITIF donne le ton : il  y en a vraiment marre des pratiques chinoises ! Il est temps de s’y opposer fermement !

Robert Atkinson, le patron de l’ITIF qui a écrit ce rapport ne fait pas dans la dentelle. Il dit : « Il est temps que les politiques aux Etats-Unis comme dans les autres pays répondent aux pratiques mercantilistes chinoises qui constituent une réelle menace non seulement pour l’économie américaine mais pour l’ensemble du système de marché et de la mondialisation basée sur les règles du libre échange. »

Le rapport rappelle que le formidable surplus de 3200 milliards de dollars accumulé par la Chine depiuis un décennie est le résultat d’une politique mercantiliste pratiquée à une échelle jamais vue. Il insiste sur le fait que les pratiques chinoises sont contraires à l’esprit du libre échange basées sur l’avantage compétitif des nations.

Il dit surtout que la Chine ne recherche pas cet avantage compétitif mais un avantage absolu et hégémonique sur les marchés et vise l’autarcie.

Atkinson s'alarme : « le problème n’est pas seulement celui de la Chine mais celui de l’avenir de l’intégralité du système du commerce mondial, d’autant que d’autres nations comme le Brésil ou l’Inde imitent le modèle chinois »

Surtout, il dit qu’il est temps de revoir le modèle du « consensus de Washington », autrement dit l’idée qu’il faut s’appuyer uniquement sur les forces de marché pour la croissance et le développement et que l’état doit jouer un rôle minimal.

Face aux pratiques chinoises - « le consensus de Pékin » -  il juge que le consensus de Washington n’est plus opérationnel. Il prône alors le modèle du « consensus d’Helsinki ». Un modèle qui ne met pas en cause le libre échange mais prend en compte le fait que les politiques de croissance et d’innovation non mercantilistes doivent s’appuyer sur des politiques gouvernementales propres à favoriser l’innovation (financement de la recherche industrielle, support de la R&D, stratégies technologiques nationales…).

De l'eau au moulin du "redressement productif"...

Atkinson et l’ITIF ont déjà écrit deux rapports cités sur ce blog, le premier analysant les différentes politiques mises en oeuvre pour l'innovation. Le second sur les risques que présentent la volonté chinoise de se lancer dans les high tech (voir les liens ci-dessous)

A lire 
Le rapport « Enough is enough. Confronting Chinese innovation mercantilism.” (12 pages)
Politiques d’innovations : the good, the bad and the ugly.
Chine et High Tech, une menace à prendre très au sérieux

jeudi 7 juin 2012

Et maintenant… la Chine automatise à tours de bras


Robot = qualité et productivité
La Chine s’est engagée dans une vaste politique d’automatisation, en particulier via l’usage intensif de robots. Avec 60 000 robots elle se situe aujourd’hui très loin du n°1, le Japon et ses 300 000 robots. Mais selon la fédération internationale de la robotique, la demande chinoise est aujourd’hui si explosive qu’elle devrait faire de la Chine le premier utilisateur de robots dans le monde dès 2014, si ce n’est plus tôt.

Un recent article du New York Times, reprend et élargit cette constatation. Le vent d’automatisation qui souffle sur la Chine ne se limite pas aux robots mais concerne aussi les machines outils avancées à commande numérique. L’article cite Nomura selon lequel l’équipement dans de telles machines croît également à un vitesse folle. «  Elles ne représentent aujourd’hui que 28% du parc de machines, contre 83% au Japon. Mais la croissance en Chine est considérablement plus rapide que ne l’était celle du Japon au même stade de développement » note Ge Wenjie, analyste chez Nomura.

On comprend sans peine cette fureur d’automatisation. Les salaires grimpent. A terme les bas salaires chinois ne seront plus assez bas pour justifier la localisation de beaucoup d’entreprises en Chine. Le formidable réservoir de main d’œuvre n’est donc plus suffisant pour rendre le pays attractif. Il faut passer à la vitesse supérieure et augmenter la productivité grâce à l’automatisation. Autromatisation qui, parallèlement, est source de qualité et accompagne donc la montée en gamme de l’industrie chinoise.

Bref, avec l’automatisation, la menace chinoise change de nature. Son aspect positif : les formidables quantités de machines et de robots à installer dans le pays par les entreprises occidentales. Mais malheureusement pour nous elles sont suisses, allemandes, japonaises ou encore suédoises. Aucun français parmi les fournisseurs de robots ou de machines outils…

Cette évolution donne tout son sens au message qu’essaie de faire passer le Symop  (Syndicat des entreprises de technologies de production) : « il faut automatiser pour améliorer la productivité des entreprises françaises ! » clame-t-il de longue date.

 Pour Jean-Camille Uring, Président du syndicat : « Le renouvellement de l’outil de production (les machines et technologies, les process productifs) est l’un des éléments clefs du pacte productif que le nouveau Président de la République appelle de ses voeux. C’est la bataille de la productivité : si la France ne renforce par la productivité de son industrie, elle ne retrouvera pas ses parts de marché à l’international et continuera à désindustrialiser. Il y a urgence ! »

Le Symop a demandé un rendez-vous à Arnaud Montebourg. Avec l’automatisation en cours en Chine il aura au moins un argument de plus à faire valoir…

A lire
L'article de New York Times :  China's turn towards more machines

mercredi 6 juin 2012

Asteelflash : histoire d’une ETI fulgurante (le "Foxconn" français...)


Gilles Benhamou : n°1 européen
en 2012 ?
Asteelflash est née en 1999. En 2007 elle était déjà numéro 1 français de son secteur. Elle avait largement passé le stade de la PME : 1600 personnes ; 200 M€ de chiffre d’affaires. En 2008 elle s’attaque à l’international. La voici aujourd’hui forte de plus de 5000 personnes, d’un CA de 780 M$. Elle possède des usines en France, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, en Chine, en Tunisie… Elle est désormais n°2 européen de son métier et réalise 65% de son CA hors de France (dont 40% aux USA). « Si tout va bien nous atteindrons le milliard de dollars de CA en 2012 et nous seront le n°1 européen » espère son pdg et fondateur, Gilles Benhamou.

Voilà qui relativise le discours sur la difficulté de créer des ETI (entreprise de taille intermédiaire) en France !

Le métier d’Asteelflash, c’est l’EMS : Electronic Manufacturing Services. En clair, la fabrication de produits électroniques de toutes sortes pour le compte de grands donneurs d’ordres industriels : automobile, aéronautique, médical, défense, éclairage etc. Ils conçoivent. Asteelflash fabrique. Comme Foxconn le fait pour Apple ? En quelque sorte, mais avec de considérables différences.

Gilles Benhamou explique : « les grands donneurs d’ordres se sont peu à peu retirés de la production de l’électronique qu’ils incorporent dans leurs produits. Ils l’ont externalisée car, pour être compétitif, il faut disposer d’un volume considérable de production. C’est indispensable, en particulier pour que le « sourcing », l’achat de composants électroniques, se fasse au meilleur coût. Ils représentent la part majeure du prix des produits. »

Ce qui est très intéressant est l’évolution de cette « sous-traitance ». A mesure qu’elles se sont déchargées de la production les entreprises… ont perdu leur savoir-faire dans l’industrialisation de leur électronique. Le métier d’EMS, souligne Gilles Benhamou, est ainsi devenu un métier de services. Ainsi, si le donneur d’ordres garde la main sur la conception, « nous intervenons au bureau d’études pour définir avec lui les spécifications qui permettront d’obtenir les fonctions voulues au meilleur coût et avec les meilleures performances » dit-il. La production suit.

Caractéristique d’Asteelflash, la moitié seulement de la production est réalisée dans des pays à bas coût, différence fondamentale d’avec Foxconn et autres Flextronics. Cela signifie donc que l’autre moitié, se fait dans des sites proches des clients, en France comme dans les autres pays où est installée l’entreprise.

Trois raisons à cela. Une usine proche du client permet de roder l’industrialisation des produits en interaction forte avec lui. Ensuite, Asteelflash fabrique des produits  très complexes, très diversifiés,  en petites et moyennes séries (jusqu’à 10000 pièces maximum, autre différence avec Foxconn). Et dans ce cas, le coût de la main d’œuvre n’est souvent pas déterminant. Enfin, l’évolution rapide des produits exige une très grande réactivité. Pas question d’attendre un mois, le temps du transport, pour une modification.

On peut se demander comment l’entreprise de Gilles Benhamou a cru de façon aussi fulgurante. Réponse : à moitié par croissance organique et à moitié par une intense activité de rachats d’entreprises. Plus d’une trentaine. D’abord, en France, en reprenant l’activité production électronique de donneurs d’ordres, puis en faisant l’acquisition d’entreprises étrangères, en particulier américaines, à partir de 2008. Le dernier achat en date est celui de Catalyst Manufacturing Services, sur la côte Est américaine.

Autre question : quelle est la clé de la réussite de cette ETI ? La technologie, l’innovation, la R&D ? Gilles Benhamou concède que son outil de production se doit évidemment d’être au meilleur niveau, qu’il a en particulier structuré ses unités de façon à ce que les processus de production soient les mêmes sur tous les sites. Mais pour lui, ce n’est pas le principal et il n’hésite pas à affirmer : « Le point fondamental se sont les valeurs dont sont porteuses l’entreprise » 

Ainsi il place au tout premier rang la capacité à tenir ses engagement, la motivation – voire la passion -  de tous les collaborateurs, qui ne peut s’obtenir que par une confiance mutuelle, et valeur rarement mise en avant : l’humilité. « Si nous sommes trop sûrs de nous et que nous pensons avoir réussi, nous risquons de perdre toute envie, de gagner » dit-il.

Bien sûr, tout cela doit s’appuyer sur une stratégie parfaitement définie « et à laquelle on se tient ». Mais chez Asteelflash le credo dans les valeurs est tel qu’il a été gravé dans le marbre, sous forme six point clés définis en commun avec les cadres de l’entreprises : Honnêteté et respectabilité ; Capacité à tenir ses engagements ; Passion pour le travail ; Humilité ; Se battre pour la simplicité ; Avoir l’envie de gagner. Tout un programme.

Cet article a été publié initialement sur le site de La Fabrique de l’Industrie