vendredi 21 décembre 2012

Big Data : la very very Big vision stratégique de General Electric

J'ai beaucoup de choses à dire !
General Electric ne lésine pas. Pour l’entreprise américaine cela ne fait pas de doute : nous sommes sur le point de connaître la troisième grande vague d’innovation et de changement de l’industrie. La première a été le Révolution industrielle ; la deuxième la Révolution Internet. La troisième est celle qu’il a baptisé « Industrial Internet ».

Pour faire de cette vision une réalité GE investira 1,5 milliard de dollars de R&D sur 3 ans, en particulier dans son flambant neuf centre de R&D en logiciel de San Ramon, en  Californie.

Pour évangéliser les foules et faire partager sa vision, l’entreprise vient également de publier (le 26 novembre dernier) un très riche document de pas moins de 37 pages expliquant point par point ce qu’est cet Internet Industriel et pourquoi il va tout révolutionner : Industrial Internet – Pushing the Boundaries of Minds and Machines. Il vous dira tout.

Conceptuellement l’idée est assez simple. GE imagine qu’en bourrant de capteurs ses équipements – par exemple ses moteurs d’avion –  il récupérera un déluge d’information que les technologies dite « big data » lui permettront de traiter efficacement. Le tout pour prendre  des décisions propres à rendre les produits plus efficaces (prévenir les pannes, optimiser la maintenance, économiser l’énergie…). Et pas seulement les produits individuels mais également l’ensemble du système dans lequel ils sont insérés (une usine, une flotte d’avion, un aéroport…)

L’idée qui en réalité n’est pas vraiment nouvelle prend toutefois tout son sens aujourd’hui puisque la capacité de traitement du moindre PC est colossale, le prix des capteurs en chute libre et les outils du Big Data permettant de traiter des Everest de données en train de se développer.

Il reste cependant encore beaucoup de recherche à effectuer pour rendre l’ensemble vraiment opérationnel. C’est une chose de conseiller un livre à un acheter comme le fait amazon en traitant les données dont il dispose. C’est un peu plus compliqué d’indiquer de façon fiable à un avionneur qu’il doit prévoir la maintenance des moteurs de tel ou tel avion. Et c’est bien pour cela que GE investit tant dans le logiciel.

Tout cela s’applique  en tout cas très bien aux produits que fabrique GE : des moteurs d’avions, des locomotives, des machines d’IRM et ses systèmes de production d’énergie (turbines…)

 Pour situer les enjeux, GE indique dans son document qu’il y a grosso modo 43000 réacteurs d’avion en activité (et 30000 nouveaux d’ici à 15 ans) et qu’ au moins trois grandes pièces tournantes peuvent être instrumentées pour suivre le moteur en temps réel.  Anil Varma, chercheur du labo de San Ramon (cité par Technology Review) souligne ainsi que ces moteurs auraient le potentiel de produire en un an « davantage de données que celles collectées par GE depuis qu’il est dans le métier de l’aviation. »

Pour GE, le traitement peut s’appliquer à la plupart de produits qu’il fabrique et dans son document sur l’Internet Industriel, il estime qu’il y a aujourd’hui au moins « trois millions de ‘choses qui tournent’ qui pourraient être instrumentées de la sorte. » C’est donc bien d’un déluge de données qu’il est question ! Mais aujourd’hui, avec les technologies de Big Data, le déluge n’effraie plus personne…

A Lire
 Industrial Internet – Pushing the Boundaries of Minds and Machines

mercredi 19 décembre 2012

L’avenir du manufacturing selon Mac Kinsey : compétitivité oui, emploi non

L'atout du manufacturing : l'innovation, pas l'emploi
Voici une récente (novembre 2012) et copieuse (170 pages) étude consacrée au manufacturing. Elle est réalisée par Mac Kinsey Global Institute (MGI). Son titre, Manufacturing the Future : The Next Era of Global Growth and Innovation, indique clairement son ambition: analyser le rôle du manufacturing dans l’économie mondiale et imaginer son futur à l’horizon d’une décennie. Bonne idée.

Parmi les informations les plus significatives celle-ci : il faut faire son deuil de l’industrie comme grand pourvoyeur d’emploi. Elle restera une source d’innovation, de productivité et de compétitivité mais plus le créateur d’emplois qu’elle a été.

Parmi ses recommandations, celle-ci, dont elle fait une priorité absolue : le développement de l’éducation et des compétences.

L’étude développe trois idées fortes :

1- Le rôle du manufacturing dans l’économie change 
En particulier le manufacturing comprend une part de plus en plus importante de services. Par exemple aux Etats-Unis chaque dollar de production réclame 19 cent de services et dans de nombreuses industries, les emplois du type « service » représentent jusqu’à la moitié des effectifs

Second changement : comme déjà signalé si le manufacturing continuera à être source indispensable de croissance et de richesse, il ne faut plus trop compter sur lui pour fournir de nombreux emplois. Son point fort reste le fait que la production manufacturière représente 77% de toutes les exportations (chiffre 2010). Et qu’elle pèse 70% de la R&D privée (2006)

L’étude montre enfin que la production manufacturière dans le monde continue de croître. Elle pèse 16% du PNB mondial et 14% de l’emploi. Mais le rapport montre qu’en réalité, la part du manufacturing est très variable selon l’état de développement des pays. Quand les économies s’industrialisent, sa part croît fortement jusqu’à atteindre 20 à 35% du PNB. Puis… elle décroit. Explication : à mesure que les travailleurs s’enrichissent ils consomment davantage de services, ce qui développe ce secteur d’activité.

2- Le manufacturing n’est pas monolithique 
MGI a réparti les activités de production manufacturières en cinq grandes catégories qui offrent des profils très tranchés et qui réclament des traitements et des stratégies bien différents

-Les entreprises du groupe « Global innovation for local market » (chimie, transports, machines…) représentent 34% de la valeur ajoutée mondiale du manufacturing (et 30% des emplois).
- Le groupe « regional processing » (pastique et caoutchouc, boissons, tabac, imprimerie…) se place en second avec 28% de la valeur ajoutée (et 37% des emplois).
- Le groupe « Energie et/ou commodités à fort contenu en ressources » (bois, pétrole, papier…) compte pour 22% de la valeur ajoutée (et 13% des emplois) .
- Le groupe « Technologies globales/Innovateurs »  (semiconducteurs, ordinateurs, médical…) pèse 9% de la valeur ajoutée (et 8% des emplois)..
-Le groupe « produits à fort contenu en main d’œuvre » ne représente lui que 7% de la valeur ajoutée (et 12% des emplois).

3- Le manufacturing  entre dans une nouvelle dynamique
Mc Kinsey identifie quatre tendances à l’horizon 2025:

- La majorité de la consommation sera le fait des économies en développement ce qui créera de belles opportunités de marché
- Dans les marchés traditionnels la demande sera plus fragmentée avec des offres plus variées et comportant davantage d’après vente et de services
- Un riche pipe line d’innovation - des nano matériaux à l’impression 3D en passant par la robotique -  promet de créer de nouveaux types de demande et d’augmenter encore les gains de productivité dans tous les domaines de la production.
- L’environnement économique continuera toutefois d’être extrêmement incertain et en tout cas moins bon qu’il ne l’était avant la récente crise.

A lire
L’executive summary (16 pages)
Le rapport complet (170 pages)

jeudi 13 décembre 2012

Des Mac et des PC fabriqués aux Etats-Unis : la production électronique en Chine n’est plus la panacée !

Made in USA ?
Surprise. Grosse surprise ! Le 4 décembre dernier, Tim Cook, le patron d’Apple a annoncé que son entreprise allait investir 100 millions de dollars pour… la production de Mac Intosh aux Etats-Unis ! Incroyable mais vrai. Et d’autant plus étonnant qu’il y a tout juste un an, feu Steve Jobs répondait à Barack Obama qu’il était hors de question qu’Apple produise à nouveau sur le territoire américain…

Tim Cook n’a pas été très disert, se contentant de dire que la production des Mac pourrait se faire avec un partenaire. N’empêche, c’est une annonce extrêmement significative. Elle l’est d’autant plus qu’elle n’est pas isolée.

Ainsi, il se murmure depuis peu que Foxconn, le géant taïwanais rendu célèbre par la production des produits d’Apple en Chine, étudierait l’opportunité d’une implantation… aux Etats-Unis ! Selon le site taïwanais DigiTimes, à l’origine de cette information, l’installation dans des villes comme Detroit ou Los Angeles serait étudiée, probablement « pour la production de téléviseurs à écran plat » imagine Digitimes.

Ce n’est qu’une rumeur, mais plusieurs autres événements mettent en lumière le fait que la Chine n’est peut être plus la panacée pour la fabrication de produits électroniques.

L’un de ces événements est l’annonce en octobre dernier par le chinois Lenovo, le second fabricant mondial de PC, de l’ouverture prochaine d’une usine de montage de micro ordinateurs en Caroline du Nord. Cette nouvelle est d’autant plus piquante que, pour ceux qui s’en souviennent, Lenovo est l’entreprise qui en 2005 a repris l’activité micro ordinateurs d’IBM.

Selon son patron, Lenovo a choisi de s’installer aux Etats-Unis car, dit-il, « nous croyons à la solidité du marché américain de la micro informatique et que nous pensons qu’il nous offre de bonnes opportunités de croissance ».

Un autre raison, est avancée. En produisant sur le sol américain l’entreprise chinoise pense qu’elle pourra se montrer plus réactive pour répondre aux demandes des utilisateurs locaux. Il faut en théorie une dizaine de jours pour qu’un PC fabriqué en Chine atteigne le consommateur américain. Dans les faits c’est plutôt une affaire de semaines.

Au delà de ce discours convenu, il n’est pas interdit non plus de voir  dans cette annonce une opération de séduction des pouvoirs publics et des consommateurs à l’heure ou le « made in America » est devenu un enjeu politique.

Dans les faits la portée réelle de l’implantation de Lenovo reste limitée. Après tout, même si l’usine est appelée à croître elle ne créera dans un premier temps que 115 emplois. Surtout, elle n’est qu’un site d’assemblage : tous les composants des PC fabriqués en Caroline du Nord viendront d’Asie.

Mais un autre évènement vient toutefois confirmer ce mouvement. Juste avant son annonce choc d’une production aux Etats-Unis, le même Lenovo avait en effet également décidé d’investir dans une unité de production de PC au Brésil pour profiter de ce vaste marché. Et puisqu’il est question du Brésil, il faut également se souvenir  Foxconn lui aussi a ouvert une usine de production d’iPhone et d’iPad  dans ce pays. Dans ce cas, la motivation de ces installations est liée aux droits de douanes que le Brésil agite comme un épouvantail.

Ce grand vent d’annonces marque-t-il le début d’une renaissance de la production électronique aux Etats-Unis ? Peut être, mais il faut se montrer prudent. Il faut savoir en effet que dans tous les cas, la quasi totalité des composants des PC et autres iPhone vient d’Asie. Il est donc loin d’être évident qu’avec un supply chain entièrement asiatique, la production en volume aux Etats-Unis redevienne rapidement la norme.

mercredi 7 novembre 2012

Rapport Gallois : les 21 autres propositions…(une roadmap pour Montebourg)


Un rapport : 22 propositions. Y'a plus qu'à...
C’était inespéré. Le gouvernement reprend l’essentiel des propositions du rapport Gallois. On ne va pas se plaindre, même s’il y a toujours à redire. En l’occurrence il faut quand même souligner le courage de Jean-Marc Ayrault. Il a certes « mangé son chapeau » en acceptant la hausse de la TVA qu’il avait exclue, mais ce revirement est plutôt à son avantage. Perseverare, diabolicum…

Mais, au fait, si on parle abondamment des 20 milliards de « crédit d’impôt compétitivité », il faut se rappeler que le fameux rapport comporte 21 autres  propositions majeures. La 5ème « mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste », a déjà été rejetée. A l’évidence, le fruit n’est pas mûr, comme l'a longtemps été celui de l’augmentation de la TVA. Patience...

Reste les 20 autres, qui sont fort intéressantes à connaître. De quoi faciliter la tâche à Arnaud Montebourg, qui jusque là n’a pas brillé par son efficacité. Ces propositions constituent une vraie feuille de route pour son ministère. Il n’a plus qu' à les suivre... Cool.


LES PRINCIPALES PROPOSITIONS DU RAPPORT GALLOIS

1ère proposition :
l’État s’engage à ne pas modifier cinq dispositifs, au moins, au cours du Quinquennat :
- le crédit impôt recherche
- les dispositifs dits « Dutreil » favorisant la détention et les transmissions d’entreprises
- la contribution économique territoriale (68 modifications de la taxe professionnelle en 35 ans !)
- les incitations « sociales » aux jeunes entreprises innovantes, rétablies à leur niveau de 2010.
- les dispositifs en faveur de l’investissement dans les PME, notamment « l’IR PME » et « l’ISF PME » (annonce du Président de la République à la Remise des Prix de l’Audace Créative – le 20/09/2012).

2éme proposition :
introduire dans les Conseils d’Administration ou de Surveillance des entreprises de plus de 5000 salariés, au moins 4 représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative, y compris dans les comités des conseils.

3ème proposition :
créer un Commissariat à la Prospective, lieu d’expertise et de dialogue social. Accompagner chaque Loi de Finances d’un rapport sur la situation de l’appareil productif fondé sur les travaux du Commissariat.

4e proposition 
créer un choc de compétitivité en transférant une partie significative des charges sociales jusqu’à 3,5 SMIC – de l’ordre de 30 milliards d’euros, soit 1,5 % du PIB – vers la fiscalité et la réduction de la dépense publique. Ce transfert concernerait pour 2/3 les charges patronales, et pour 1/3 les charges salariales.

5e proposition :
mener les recherches sur les techniques d’exploitation des gaz de schiste.

6e proposition :
aligner les conditions de crédit et des garanties export, en volume, quotité et taux sur le meilleur niveau constaté dans les pays avancés et créer un « prêteur direct » public.

7e proposition : 
sanctuariser le budget de la recherche publique et celui du soutien à l’innovation sur la durée du quinquennat.

8e proposition :
créer un mécanisme d’orientation de la commande publique vers des innovations et des prototypes élaborés par des PME : objectif de 2 % des achats courants de l’État.

9e proposition :
créer, au sein de la BPI, un produit constitué d’actions de préférence sans droit de vote (bénéficiant en contrepartie d’une rémunération privilégiée).

10e proposition :
élaborer un équivalent du « Small Business Act », comme cadre de cohérence des dispositifs en faveur de la croissance des PME.

11e proposition :
conditionner les soutiens de l’État aux actions des grandes entreprises à leur capacité à y associer leurs fournisseurs et sous-traitants.

12e proposition :
renforcer la gouvernance et les moyens des comités de filières de la CNI.63

13e proposition : 
donner aux Régions la responsabilité de coordonner l’action des différentes structures régionales en charge de promouvoir l’innovation et le développement de l’industrie, ainsi que d’animer le dialogue social.

14e proposition :
systématiser la présence des entreprises dans la gouvernance de l’enseignement technique et professionnel au niveau des établissements (Conseils d’administration), des Régions (établissement des cartes de formation) et au niveau national.

15e proposition : 
doubler le nombre de formations en alternance sur la durée du quinquennat.

16e proposition : 
demander aux partenaires sociaux de négocier les modalités de mise en œuvre d’un compte individuel de formation, « crédité » soit au début de la vie active, soit chaque année, et attaché non au statut, mais à la personne.

17e proposition :
confirmer aux Commissaires aux comptes qu’ils doivent obligatoirement joindre à leur avis
sur les comptes de l’entreprise, un rapport sur le crédit interentreprises. Prévoir des sanctions
administratives (DGCCRF) en cas de manquement aux règles sur les délais de paiement.

18e proposition : 
allonger la « durée » des contrats d’assurance vie par une adaptation de leur régime fiscal ; avantager fiscalement les contrats en unités de compte (c'est-à-dire investis en actions) et les « contrats diversifiés » par rapport aux contrats dits en euros (placements essentiellement obligataires).

19e proposition :
doubler en cinq ans la capacité de France Investissement (BPI) à développer des partenariats public-privé dans le domaine du capital-investissement pour soutenir les entreprises ayant de forts besoins d’investissement au moment de l’industrialisation de leurs innovations.

20e proposition :
donner au CGI la mission de porter trois priorités techniques et industrielles :
(1) les technologies génériques,
 (2) la santé et l’économie du vivant
(3) la transition énergétique.

21e proposition : 
accompagner toutes les décisions européennes concernant la concurrence d’un avis d’experts économiques et industriels extérieurs à la Commission ; cet avis serait public.

22e proposition :
autoriser les entreprises qui le souhaitent à faire présider le Comité d’Entreprise par un représentant des salariés.

A LIRE
L’ intégralité du rapport

mardi 23 octobre 2012

Rapport Gallois : il n'y a pas de demi mesure

Back in 1983 !
Avec sa De Lorean à remonter le temps, Marty, le héros de « Retour vers le futur » se trouve propulsé en 1955. Le rapport Gallois lui aussi nous fait voyager dans le temps. Il nous ramène pile en 1983. Au moment précis où la gauche au pouvoir doit prendre une décision cruciale : mener ou non une politique assimilable à une politique « de droite ».

Cette fois ce n’est plus l’avenir de l’économie qui est en jeu, seulement… celle de l’industrie, si, en tout cas on pense que les solutions préconisées par Gallois sont celles qui s’imposent.

Ce qui est étonnant dans la partie de bras de fer qui se joue au sein du gouvernement est que les « révélations » du Figaro sur le contenu du rapport Gallois n’auraient du surprendre personne. Les lecteurs de ce blog savent bien que Louis Gallois avance depuis des mois et des mois sans relâche l’idée d’un « choc de compétitivité de 40 milliards d’euros financé par un transfert d’une partie des charges sociales. » Et on peut supposer qu’aucun de ceux qui lui ont confié cette mission sur la compétitivité n’ignorait son point de vue.

Le rapport sera-t-il « enterré » comme beaucoup le supposent ? Je le crains, mais j’ai envie de croire qu’il reste encore une petite chance qu’il soit sauvé. Car, à côté de la montée en puissance des antis, j’ai été frappé de constater à quel point Louis Gallois a su faire passer ses idées. Il n’est qu’à voir comment les commentateurs – même les moins versés dans les problématiques industrielles - semblent largement acquis à l’idée du choc de compétitivité.

Alors, « choc » de compétitivité ou non ? On sera assez vite fixé. Une chose est sûre en tout cas : il n’y  pas de demi mesure. Le choc de compétitivité a pour fonction d’être un remède violent susceptible d’avoir des effets très rapides. Il n’est pas la panacée réglant tous les problèmes. Ceux qui pensent qu’une «trajectoire de compétitivité » basée sur le développement de l’innovation pour jouer sur la compétitivité hors coût est une alternative se trompent. Ce type de mesure qui n’a des effets qu’à moyen et long terme est lui aussi indispensable, en complément du choc, mais ne le remplace pas. C’est en tout cas toute la logique des mesures proposées par Louis Gallois.

lundi 22 octobre 2012

"L’épopée Logan" : ne passez pas à côté de ce livre !


Je n’hésite pas, j’affirme. « L’épopée Logan », ouvrage  qui vient de paraître, est un livre exceptionnel. Il est en effet le représentant extrêmement rare d’un travail qui offre une vision pertinente et exhaustive des problématiques de l’industrie. Il le fait en décortiquant l’histoire de la Logan de Renault. Elle est abordée sous tous les angles : la stratégie du constructeur, la technologie, l’innovation, les défis de la conception, l’industrialisation, la distribution, les marchés et, bien sûr, l’économie du projet. Rien de ce qui fait un produit industriel n’est omis.

L’histoire de la Logan et de ses avatars (Sandero, Duster, Lodgy…) – ce qui s’appelle désormais la gamme « Entry » chez Renault - est ainsi passée au scanner et le lecteur plongé au cœur d’une aventure industrielle.

Ce qui ne gâte rien, le livre parvient à traiter cette étude de cas avec la rigueur d’un ouvrage académique tout en évitant l’écueil du genre, l’ennui qui guette à chaque page. Il analyse en détail mais reste toujours concret.  Surtout, le sujet est extrêmement bien documenté. Les auteurs ont mené une enquête approfondie, rencontré et interrogé tous les acteurs clés du projet (leurs longues interviews qui émaillent les différents chapitres sont d’ailleurs l’un des points d’intérêt du livre).  Les auteurs ont bénéficié en cela de l’appui de Renault qui a joué le jeu et leur a ouvert toutes grandes ses portes et ses archives.

La Logan méritait bien un tel livre. Elle est une immense innovation. Mais une innovation vraiment pas comme les autres. L’idée iconoclaste de Louis Schweitzer a été de penser une voiture simplifiée, mais robuste et moderne, pour ceux qui ne pouvaient s’offrir une voiture occidentale neuve, car trop chère. C’est la voiture « for the rest of them » comme pourrait dire Apple. L’exemple type de la  « disruptive innovation », concept inventé par  le guru de l’innovation, Clayton Christensen (ce que j’ai baptisé « innovation turbulente » dans mon livre, « La vraie nature de l’innovation », qu’il n’est pas non plus interdit de lire…).

L’épopée Logan étudie l’histoire de cette innovation dans le détail. Mais où il devient vraiment intéressant à mon avis, est lorsqu’il étend cette étude à la façon dont la Logan d’origine s’est transformée en une gamme de modèles cohérente. Quand il raconte aussi la façon dont l’innovation a vécu sa vie propre et a imposé des choix non prévus au départ : la création de la Sandero au Brésil, la commercialisation en France, la vente sous la marque Renault en Russie… Et quand il explique, enfin, comment Renault /Dacia a réussi, avec un très grand pragmatisme, à intégrer toutes ces bifurcations imprévues sans jamais se renier et en conquérant peu à peu une bonne partie du monde, malgré des échecs en Iran et en Inde.

Le livre se termine en posant une question de fond : est-il possible d’imaginer une autre logique industrielle pour l’industrie automobile ? La réussite de la Logan montre que le modèle dominant du déploiement du haut de gamme, la « premiumisation »,  peut trouver une alternative. Mais rien ne garantit toutefois qu’elle s’impose. Après tout, curieusement, le modèle Logan, n’a pas généré beaucoup d’imitateurs.

L’un des secrets de la réussite du livre tient certainement  à ce qu’il ne compte pas un mais trois auteurs de qualité. Ils se complètent fort bien, ce qui permet au livre d’être toujours pertinent quel que soit le domaine abordé.  Ainsi, Bernard Jullien est maître de conférences à l’Université de Bordeaux, spécialisé en économie industrielle. Yannick Lung est professeur de sciences économiques à l’Université de Bordeaux . Le troisième homme, Christophe Midler est directeur de recherche au Centre de Recherche en Gestion et professeur responsable de la chaire Management de l’Innovation à l’Ecole polytechnique.

Ah ! Une chose encore, pour l’anecdote. L’innovation semble susciter l’innovation puisque ce livre a donné naissance à ce qu’on pourrait presque appeler un « Entry book ». Il circule en effet une autre version de « L’épopée Logan ». Elle s’appelle aussi « L’Epopée Logan »  (mais sans le sous-titre « Nouvelles trajectoires pour l’innovation »), possède la même préface  de Carlos Ghosn et est signée des mêmes auteurs. Mais elle compte près de deux fois moins de pages et beaucoup plus de photos. Elle offre toutefois au lecteur pressé et moins intéressé par les enseignements théoriques, la substantifique moelle de l’histoire.

Ce bel Entry book « édition spéciale Dacia » a cependant un gros défaut. Il n’est pas en vente. Il est offert aux seuls acheteurs d’une Dacia…

jeudi 18 octobre 2012

La belle, aventureuse et inachevée histoire de la reconversion vers le photovoltaïque de MPO

MPO mise sur les cellules
à haut rendement made in France
C’est une belle ETI française (1200 personnes, 120 M€ de CA, 50% à l'export). Depuis quelque temps toutefois, MPO semble avoir vu les dieux de l’industrie se liguer contre elle. Regardez donc : partie de rien en 1957 l’entreprise familiale est devenue le n°4 mondial de son marché, la production de CD et DVD (300 millions par an, actuellement). Formidable ! Mais Internet s’en est mêlé. Il rend chaque jour son métier plus obsolète. Le marché des disques chute de 15% par an.

Qu’à cela ne tienne ! MPO décide de se lancer dans un nouveau métier porteur, espérant que progressivement il se substituera à l’ancien. Après mûre réflexion – et notamment pour profiter de son savoir-faire - elle choisit de se lancer dans la fabrication de cellules solaires. Plusieurs technologies sont communes avec la fabrication de disques. Le marché est prometteur. Elle crée sa start-up, MPO Energy, dirigée par Jean-François Perrin.

Pas de chance. Juste au moment où elle se lance, en décembre 2010, le gouvernement décide de limiter son soutien à la filière photovoltaïque. Le marché s’effondre. MPO Energy décale ses projets d’un an.

Autre coup du sort en 2011. C’est au tour de la Chine de mettre son (gros) grain de sel. Depuis qu’elle  s’est mise à produire en masse - et à perte - du photovoltaïque, les prix ont chuté. Nombre d’entreprises occidentales (américaines et allemandes notamment) font faillite. Et les surcapacités s’installent : la production, à 70% chinoise, atteint 50 GW ; le marché n’absorbe que 30 GW. MPO décale encore ses plans d’un an.

Que va-t-il advenir de notre start-up ? Va-t-elle baisser les bras ? L’épisode en cours du feuilleton montre un MPO Energy qui tient bon et croit en sa stratégie. Dès le début la start-up s’est positionnée sur les cellules haut de gamme, c'est-à-dire à haut rendement, le plus haut rendement possible (environ 20% actuellement). Dès le début, elle  en a fait son alpha et son oméga en prévoyant d’investir systématiquement tous les deux dans une nouvelle ligne de production plus performante afin d’être toujours à la pointe côté rendement.

Jean-François Perrin explique  pourquoi il y croit, même dans le contexte actuel : « D’une part, quand il y a surcapacité, les seuls produits qui continuent de se vendre sont les plus performants. Ensuite, les cellules hautes performances peuvent se vendre plus cher car elles apportent à leurs utilisateurs des économies sur d’autres postes en simplifiant notamment la conception de leurs systèmes. » 

MPO Energy persiste donc dans sa voie. Le décalage de deux ans a été mis a profit pour changer de technologie afin d’obtenir de meilleurs rendements : le silicium polycristallin à été remplacé par du monocristallin. En termes de process, l’implantation  ionique est arrivée juste à point et a pris la place d’une technologie moins performante. Du coup le process est plus efficace ; comptant moins d’étapes, il est moins coûteux. Et les cellules ont gagné 1% de rendement.

Actuellement la start-up fabrique en co-traitance ses premières cellules qui affichent un excellent rendement (de l’ordre de 19%)  et rode son process en attendant que sa propre usine, en construction dans la Mayenne, s’achève. Sa capacité annuelle est aujourd’hui de 35 MW (une cellule = 4W). La vraie production commencera en 2013  sur son site avec une capacité 70 MW. Objectif 2014 : 140 MW. Objectif 2020, 500 MW. Et, parallèlement des rendements de 25%. Le tout accompagné de  beaucoup d’idées pour bâtir une filière française du photovoltaïque.

Bien. Mais le feuilleton à rebondissements continue. Car il demeure tout de même une  importante inconnue  avant que ce projet ne se réalise. Il faut en effet que l’un de ses investisseurs se décide à franchir le pas du second tour de financement pour que l’aventure se poursuive. Plusieurs l’ont fait. Celui-là hésite encore… Et s’il refuse l’obstacle, tout risque de s’effondrer.

Il reste à espérer que les dieux se montrent un peu cléments,  comme  ils l’ont été lors du premier tour de financement. Il a en effet été bouclé… trois jours avant l’annonce de la décision du moratoire sur le photovoltaïque. Il s’en est fallu d’un rien que l’aventure, cruciale pour l’avenir de MPO, ne démarre jamais.

lundi 15 octobre 2012

Robots industriels : c’est la révolution !

Rodney Brooks avec "Baxter". Moins égale Plus
Ils sont désormais au nombre de deux et symbolisent la petite révolution – le terme pour une fois n’est pas exagéré - que connaît la robotique industrielle. Ce « changement de paradigme » comme aiment à dire les américains est celui de la naissance d’une toute nouvelle génération de robots. Crées par des start-up, ils possèdent trois caractéristiques clés qui les distinguent radicalement de leurs aînés : ils sont peu chers – environ 20000 euros ; ils sont extrêmement simples à programmer ; ils peuvent travailler à proximité immédiate d’un opérateur en toute sécurité. 

Ces trois caractéristiques changent tout. D’abord parce qu’elles mettent la robotisation à portée de la moindre PME. Ensuite parce qu’elles permettent d’envisager l’utilisation d’un robot pour des tâches que, jusque là, on n’aurait même pas rêvé de robotiser. Plus besoin de débourser des mille et des cents pour un  robot.  Plus besoin de disposer d’un spécialiste de la programmation pour lui apprendre son travail. Plus besoin non plus d’enfermer le robot dans une cage pour protéger les opérateurs de ses violents mouvements. Plus besoin enfin d’adapter le process au robot et de le figer. S’installant en un rien de temps le robot sera tout aussi vite affecté à une autre tâche si l’activité de l’entreprise le demande.

Le premier à avoir sorti un tel robot – un bras robotisé six axes - est une start-up danoise, Universal Robots. Aidée par le fonds d'investissement de l'Etat danois, elle a été créée en 2005 et a mis son premier produit sur le marché en 2009. L’entreprise a désormais deux modèles à son catalogue, le premier né, capable de manier des masses de 5 kg, et depuis cette année, un compagnon plus costaud qui supporte des charges jusqu’à 10 kg.

Récemment un nouveau venu, nettement plus sophistiqué - il est notamment doté de deux bras - mais encore moins cher, est arrivé. Il vient des Etats-Unis. Il s’appelle Baxter. Il a été crée par un vieux routier de la robotique, Rodney Brooks. Ce professeur du MIT est notamment le cofondateur d’un entreprise de robotique à succès, iRobot, bien connue du grand public pour ses robots aspirateurs. Il a quitté l’une et l’autre pour fonder Rethink Robotics en 2008. Baxter fera sa première sortie publique le 22 octobre à la conférence robotique de Pittsburg.

Leurs robots différent, mais la philosophie des deux entreprises est strictement la même. Ils ont innové radicalement en changeant les règles du jeu de la robotique industrielle. En offrant moins de performances, ils en donnent  plus ! Les trois fondateurs de la start-up danoise expliquent qu’ils se sont lancés quand ils ont découvert que le marché de la robotique était caractérisé « par des robots lourds, onéreux et difficiles à manier. » Ils ont créé Universal Robots avec l'ambition de rendre la technologie robotique accessible à tous en inventant des robots légers et simples d’emploi.

Le fondateur de Rethink Robotics – le nom de la société est explicite ! – raconte, lui, qu’il a pris conscience que les robots pourraient effectuer une multitude de nouvelles tâches s’ils étaient sûrs, adaptables et extrêmement faciles à programmer. De fait, dit-il, « tous les constructeurs essayaient d’atteindre ces objectifs, mais en partant des robots existants. » Lui est reparti de zéro en concevant un robot original dans le but avoué d’atteindre ces objectifs.  

Laurent Picot, spécialiste de la robotique au Cetim (Centre technique des industries mécaniques) compare très justement ces nouveaux venus à la Logan de Renault (on pourrait également songer au micro ordinateur). Ils offrent en effet des performances limitées, aussi bien en termes de vitesse, de dynamique, de précision que de masse transportable. Rien à voir avec un « vrai » robot industriel. Mais qu’importe ! Ils sont si peu chers, si facile à utiliser, si sûrs de fonctionnement  qu’ils vont pouvoir automatiser des opérations qu’il n’était même pas envisageable de robotiser.

Le bon démarrage d’Universal Robots témoigne du potentiel de cette génération. Partie de rien elle a déjà vendu quelques centaines de robots en Europe. En France, l’un de ses distributeurs, Expert, indique en avoir commercialisé une cinquantaine, en particulier pour des applications de chargement –déchargement de machines dans tous types d’industrie. Surtout, il dit en avoir vendu  la bagatelle de huit à une PME de… 15 personnes ! Plus significatif encore, la PMI en question ne veut pas se faire connaître. Pour ne pas donner d’idées à la concurrence. Pour ne pas inciter non plus ses donneurs à lui demander de partager avec eux les bénéfices de sa nouvelle productivité…

lundi 1 octobre 2012

Compétitivité : il n'y a pas que le coût du travail ! (Mais quoi d'autre alors ?)

La clé de la compétitivité, c'est moi !
Robocalisez ! C’est depuis quelques années l’injonction lancé par le Symop. Le syndicat des entreprises de technologies de production veut dire par là qu’en dopant la productivité,  la robotisation peut éviter la délocalisation.

Spécialiste du néologisme impératif, le Symop récidive et lance cette fois une campagne avec un nouveau mot d’ordre : productivez ! 

Avec ce slogan il veut attirer l’attention des pouvoirs publics sur l’importance de la modernisation de l’outil de production des PMI-ETI françaises. Il dit en substance : « arrêtez de focaliser le débat de la compétitivité sur le seul coût du travail. La clé de la compétitivité c’est d’abord un outil de production moderne ! » Ce qui passe par l’installation de robots, de machines outils performantes et de  systèmes d’automatisation.

Bien sûr le Symop prêche pour sa paroisse. Mais on ne peut toutefois pas lui donner tort. Sans parler du retard patent en termes de robot, le parc de machine outil français est dans un  état déplorable : moyenne d’âge des machines outils en France, 17 ans. Et encore, c’était le chiffre issu d’une étude menée en 1998. Les choses ont empiré depuis. Dans le même temps l’âge moyen du parc italien est de 10 ans. Celui de l’Allemagne de 9.

Il est pourtant clair qu’une machine moderne permet de effectuer des bonds de productivité considérables. Cette PMI par exemple, a remplacé l’année dernière son centre d’usinage vieux de près de 30 ans par une machine moderne, une centre d’usinage dit 5 axes. Résultat : la production d’une pièce qui demandait plus de 2 heures et demi s’effectue désormais en moins de 30 minutes. Six fois plus vite ! Sans compter la qualité améliorée. Heureusement que les vielles machines finissent pas tomber en panne !

Seulement il a fallu consentir un investissement de plus d’un million d’euros. C’est beaucoup pour une PMI. Surtout que les entreprises ne peuvent compter que sur elles-mêmes. Seules les plus astucieuses ont découvert un moyen détourné pour bénéficier d’un prêt : le recours au Prêt Vert Bonifié. Proposé par Oséo, il finance des investissements productifs permettant de diminuer l’impact environnemental. Bien ficelé, un dossier d’équipement en machine outil peut en bénéficier

Pour relancer la modernisation de l’outil de production, le Symop propose deux mesures phares. La première : un audit de l’appareil productif français afin d'identifier les secteurs à moderniser en priorité. Le retard n’est pas partagé par tous. Rares sont par exemple les sous-traitants de l’aéronautique dont le parc n’est pas moderne et au plus haut niveau. Les donneurs d’ordres ne leur en donnent d’ailleurs pas le loisir.

Sans surprise, la seconde proposition est un plan de soutien à l’équipement des PMI et ETI. Soit par le fléchage d’une partie du crédit d'impôt recherche sur l’outil de production, soit par la prise en compte spécifique de ces investissements par la Banque Publique d'Investissement.

C’est bien, sauf que cette affaire réveille, chez moi en tout cas, une vieille douleur. Car tous ces robots, toutes ces belles machines outils d’où viendront-ils ? D’Allemagne, du Japon,  de Suède, de Suisse voire d’Italie… Aucun ne sera de fabrication française. Robot industriel, machine outil…, il y a longtemps déjà qu’on a jeté l’éponge. C’est quand même incroyable, non ?

jeudi 20 septembre 2012

Réindustrialisation : un think tank de plus

Laurent Faibis : "jouer le coup
 d'après et pas celui d'hier"
L’Institut Xerfi, émanation de la société d’études économique Xerfi, a fait son coming out hier en tenant sa première conférence. Créé en juin dernier, ce think tank réunit, une vingtaine d'économistes, sociologues, philosophes, experts et chefs d'entreprise. Il vient compléter à sa façon le travail réalisé par l'autre  "laboratoire d'idée", celui présidé par Louis Gallois, La Fabrique de l'Industrie. Abondance de biens ne nuit pas.

Mais à quoi donc s’intéresse ce nouvel Institut ? A la réindustrialisation et la compétitivité de la France. Mais il évite sciemment le terme de réindustrialisation (je ne lui en tiens pas rigueur, malgré le nom de ce blog…). En revanche il a habilement forgé un néologisme qui peut faire florès :  « iconomie ». Avec un « i » pour, au choix :  informatique, imagination, intelligence, internet… Une façon de dire qu’il ne s’agit pas de reconstruire le passé mais d’inventer l’avenir. Et que cet avenir est placé sous le signe du numérique.

La conférence d’hier avait donc pour thème : « De l’économie à l’iconomie » Avec comme sous-titre     « Pour la compétitivité, la croissance, la renaissance de la France ». En préambule, Laurent Faibis, le président du groupe Xerfi, précisait : « passer de l’économie à l’iconomie, c’est construire le système productif du XXIe siècle. Il s’agit de replacer l’économie française au premier rang en jouant le coup d’après et pas celui d’hier. Pour cela il faut penser la rupture alors même que nous sommes en crise.»  Eh oui, vaste programme. Noble ambition.

L’Institut espère ainsi participer à définir « une vision, un dessein, une ambition qui se concrétise dans une orientation ». Et aider la France à « sortir du vide stratégique » qu’elle connaît depuis plusieurs dizaines d’années. Pour cela il fait appel à toutes les bonnes volontés. Avis aux amateurs…

Pour cette conférence de lancement, il ne fallait pas évidemment pas s’attendre à des solutions, mais à une mise en évidence des problèmes et la présentation de quelques pistes de réflexion.

Parmi les problèmes évoqués
-   Le retard patent de la France en matière d’informatisation, automatisation, robotisation
- La réticence des patrons à considérer l’informatique comme un investissement et non comme une dépense
- La vision économique faussée qui a, en France, conduit à privilégier les consommateurs depuis des décennies (« un keynesianisme simpliste » selon Christian Saint Etienne, économiste, CNAM)…
- Le système hiérarchique pyramidal et le mode management qui n’a pas encore intégré le nécessaire passage de la « main d’œuvre » au « cerveau  d’oeuvre » et ce que cela suppose de réorganisation

Parmi les réflexions   :
- La nécessité, à court terme, d’« un choc de compétitivité de l’ordre de 40 milliards d’euros en 2 ans » pour aider l’industrie à repartir (Christian Saint Etienne)
- Le passage à une industrie servicielle. Une industrie qui ne se contente plus de concevoir et vendre un produit mais s’adonne à la « production d’effets utiles et de solutions » (Philippe Moati, professeur Paris-Diderot). Autrement dit une industrie qui s’attache à apporter une solution produit/service à la satisfaction de besoins. Et qui, ce faisant, met le client au cœur de son dispositif.
- La définition d’une stratégie nationale pour la compétitivité de l’industrie (définie comme « tout ce qui s’exporte») qui s’appuie sur les régions. Selon Christian Saint Etienne, deux raisons imposent le relais des régions. L’une : « la globalisation est synonyme de métropolisation ». La seconde : « la régionalisation est une bon détour pour éviter les foudres de Bruxelles en matière de stratégie nationale. »

L’Institut Xerfi promet une nouvelle conférence « au printemps » pour faire le point sur les propositions qu’il entend faire, notamment aux politiques. On ira voir.

Pour en savoir plus
www.institutxerfi.org

lundi 17 septembre 2012

Le Royaume-Uni esquisse une politique industrielle

Le "laissez-faire" n'est pas la solution...
 Look at Germany !
Le secrétaire d’état britannique, Vince Cable, a indiqué lors d’un récent discours sa « vision du futur de l’industrie britannique.»  En d’autres termes il a jeté les bases d’une politique industrielle, terme jusque là peu apprécié par nos voisins d’outre-Manche. Ce n’est pas le redressement productif à la française mais l’esquisse d’une politique économique sectorielle et volontariste

La présentation de Vince Cable témoigne en tout cas que le point de vue des brits évolue :   « selon certains la meilleure chose que peut faire le gouvernement pour l’industrie est de rester à l’écart et de laissez-faire. C’est ignorer les réussites des économies comme celles de l’Allemagne ou la Finlande » souligne en effet le secrétaire d’état.

Bref, pour  lui,  l’intervention du gouvernement en matière d’industrie n’est pas taboue. Il note en particulier les deux raisons clés qui motivent son intervention. « Le gouvernement doit  planifier sur le long terme. Il doit également jouer son rôle pour corriger des inefficacités du marché  [market failures] par exemple dans le cas de l’éducation ou de l’environnement. »

Vince Cable poursuit en présentant les domaines dans lesquels il pense que le gouvernement peut avoir un impact réel et rapide sur l’industrie ce sont :
- L’accès au financement
- Le partenariat avec les secteurs industriels
- Le soutien aux technologies émergentes
- La création d’un flux de travailleurs qualifiés
- Les achats du gouvernement et le développement des supply chain

Parmi les actions envisagées dans ces cinq domaines,  on retiendra la création d’une banque soutenue par le gouvernement anglais pour favoriser la croissance des entreprises. Cette « Banque Pour l’Industrie » à l’anglaise qui « sera un puissant élément de soutien à notre politique industrielle » est « en cours de gestation » indique le secrétaire d’état.

Côté technologies on retiendra  les secteurs sur lesquels doit se focaliser la politique industrielle britannique  :
- La production  avancée (advanced manufacturing) notamment dans l’aéronautique, l’automobile et les sciences de la vie
- Les services à forte intensité de connaissance (éducation supérieure, industries créatives et services professionnels)
- Les secteurs tels que l’économie de l’information, la construction, l’énergie (y compris verte) et ceux du numérique et de la création.

Le discours de Vince Cable s’est accompagné de la publication d’une analyse détaillée de ces secteurs intitulée UK strategy : UK sector analysis. (37 pages en anglais).

A Lire
Le discours de Vince Cable

jeudi 13 septembre 2012

Les sept facteurs clés de la relocalisation (et les industries US qui en profitent)


Coming home
PriceWaterhouseCoopers (PWC) vient de sortir un rapport sur les motivations qui conduisent les entreprises américaines installées en Chine notamment à revenir au pays

Selon ce rapport, A Homecoming for U.S. Manufacturing? ce n’est pas seulement l’augmentation du coût du travail chinois qui conduit les entreprises sur le chemin du retour. Il identifie en réalité sept facteurs qui jouent en faveur d’une telle démarche. Ce sont :
- Les coûts de transport et d’énergie
- Les fluctuations des devises
- Les demandes du marché américain
-   Les compétences disponibles aux US
- La disponibilité de capital
-   Le coût du travail américain par rapport à celui de la Chine
-   L’environnement réglementaire et fiscal

Ce qui est peut être le plus intéressant est que le rapport  regarde à la lumière de ces facteurs quelles sont les industries qui sont le plus à même d’en profiter pour faire leur come back. Et les vainqueurs sont…
- Les industries productrices de métal, notamment l’acier
- L’industrie chimique
- Les industries qui produisent des biens d'équipement lourds
- S’y ajoutent, mais dans une moindre mesure, les industries du bois, du plastique et du caoutchouc.

On notera qu’un facteur important dans cette relocalisation est le coût en forte baisse de l’énergie due en particulier à l’exploitation des gaz de schiste qui procure aux US un gaz à très bon marché.

 A lire 
Le communiqué de PWC présentant l’étude (en anglais)

mercredi 12 septembre 2012

Sylob, ou l’ETI est-elle l’avenir de toutes les PME ?

Sylob, PMI albigeoise et qui
entend le rester
Un évènement parfois vous amène à douter de vos certitudes. Pour moi, c’est la rencontre hier avec une PME française Sylob. Il ya assez longtemps que je déplore que nos PME et nos start-up soient atteintes du syndrome de Peter Pan : elles ne croissent jamais très significativement. Cette idée d’une nécessaire et forte croissance fait aujourd’hui consensus. On ne rêve plus que de voir toutes les PME  se transformer en ETI et partir à la conquête du monde.

Sylob maintenant. La PME conçoit et installe des logiciels d’ERP (gestion intégrée d’entreprise). Elle est sur un créneau de marché bien défini : les ERP pour PME industrielles.  Elle a été fondée il y 21 ans à Albi par Jean-Marie Vigroux.  Elle réalise aujourd’hui 7 M€ de chiffre d’affaires (moitié vente de produits, moitié services) et emploie 90 personnes.

21 ans pour atteindre 7M€ et 90 personnes. Ce n’est pas ce qu’on peut appeler une croissance phénoménale. En plus l’entreprise n’exporte quasiment rien. Et son patron aggrave son cas car il avoue ne pas ambitionner d’acquérir le statut d’ETI.

Alors faut-il montrer du doigt la PME et l’exhorter à un peu plus d’audace et davantage de croissance ? Eh bien c’est là où mes certitudes vacillent car l’entreprise suit avec constance son petit bonhomme de chemin. Ainsi :
- Elle a vu son CA croître de 15% et son résultat net de 24% sur l’exercice 2011-2012
- Elle vise une croissance d’au moins 10% pour 2013 et vise un CA de 10 M€ en 2015
- Elle possède une gamme de produits modernes et bien adaptés aux besoins des PMI industrielles (qui, soit dit en passant, ont bien besoin de tels outils)
- Elle vient d’ajouter un nouveau produit à sa gamme (un logiciel dédié à la gestion par affaires)

La PME a d’autres côtés intéressants. D’abord, elle est détenue à 85% par ses salariés. Ensuite, Jean-Marie Vigroux a mis en place de longue date une structure propre à assurer sa succession à la tête de l’entreprise qu’il n’entend pas revendre à quiconque (il avoue avoir déjà refusé des offres).

Enfin, ce gadzard, et fier de l’être, tient un vrai discours de gadzard : « je ne veux pas de la croissance pour la croissance. Mon ambition est de fournir aux PMI industrielles les meilleurs outils pour assurer leur développement. Pour cela je souhaite conserver une entreprise à taille humaine avec une certaine éthique qui nous empêche de faire n’importe quoi. »

Noble ambition. Cela peut-il continuer ainsi ? A vrai dire il ne semble pas y avoir de raison majeure pour que cela change. L'ETI n'est peut être pas l'avenir de toutes les PME... Mais, perfide, on ajoutera un  bémol : le collègue de l’albigeois Sylob, l’auvergnat Qualiac qui a suivi un parcours très similaire (créé en 1979 il compte 140 personnes pour un CA de 13,5 M€) a, lui, franchi un pas important en mars dernier. Il accentué son ouverture internationale en créant Qualiac Corporation aux Etats-Unis... Qu'en penser ?

mardi 11 septembre 2012

La majorité des américains pense que la météo peut affecter le cloud computing


Mais où sont les serveurs ?
Un petit clin d’œil aujourd’hui. C’est l’entreprise américaine Citrix qui a fait au mois d’août un sondage à propos de la perception des américains du « cloud computing ». Instructif.

Bien sûr il est amusant de constater que 51% des personnes interrogées pensent que « the weather can affect cloud computing ». Mais cela ne fait que traduire l’ignorance du sujet et le temps qu’il faut pour qu’une telle notion soit intégrée par tout un chacun. Savoir même si elle le sera un jour ? Après tout, il n’est pas besoin de savoir ce qu’est le cloud pour l’utiliser. Pas plus qu’une connaissance de l’électromagnétisme n’est requise pour regarder la télé.

Ainsi alors que 95% des personnes interrogées utilisent des services sur le cloud – Facebook, Gmail, You Tube…-   54% des américains pensent qu’ils ne l’utilisent jamais. Et on ne s’étonnera donc pas que 22% reconnaissent qu’ils ont fait semblant de savoir de quoi il s’agit alors qu’ils n’en ont pas la moindre idée.

Ferait-on mieux en France ? Certainement le lien avec la météo serait moins fort, le terme cloud que l’on utilise en France (qui parle de l’« informatique en nuage ? ) n’évoquant pas instantanément un nuage pour chacun. Mais si l’on utilise le terme officiel de « centrale de sécurité numérique », (voir le post le Cloud, affaire d’état ! ) comme l’a fait le récent communiqué de Bercy, il est sûr que les scores seront désastreux !

Voir les résultats du sondage 

lundi 10 septembre 2012

Le redressement productif en version américaine (livre à lire sans faute)

Si vous vous intéressez à la problématique du « redressement productif », comme on dit chez nous, voilà vraiment le livre à lire. A condition de lire l’anglais.  Son titre :  Innovation Economics. Son sous-titre : The Race for Global Advantage. Il vient tout juste de sortir.

L’ouvrage se veut un cri d’alarme pour alerter les américains de la gravité de la situation économique et industrielle. Mais, américain ou non, on y découvre tous les ingrédients pour comprendre en quoi la défense de l’industrie s’impose et pourquoi les gouvernements à y rôle à jouer. A recommander donc à tous ceux qui jugent que la réindustrialisation est une priorité. Ils y trouveront du grain à moudre.

Les auteurs sont Robert Atkinson, patron et fondateur du think tank américain ITIF ( the information technology and innovation foundation) et Stephen Ezell qui y est senior analyst. ITIF est une source d’information que les lecteurs de ce blog connaissent bien. Ses études y sont souvent citées.

Robert Atkinson et Stephen Ezell sont de farouches défenseurs de l’économie de marché et du libre échange. Cela pour dire que ce ne sont pas des gauchistes, bien qu’ils s’en prennent vivement aux économistes néo libéraux. Brièvement résumée leur thèse est que :
- La situation américaine est alarmante : de longue date la compétitivité de l’industrie américaine est entamée et que l’économie américaine en plein déclin
- C’est cette perte de compétitivité qui, indirectement, est responsable de la "Grande Récession" que l’on vient de connaître
- La perte de compétitivité américaine ne concerne pas seulement les vieilles industries mais également les industries innovantes
- Le gouvernement à un rôle important à jouer en mettant en place une politique d’innovation pour relancer le pays, l’industrie et l’innovation
- La source des maux de l’économie américaine est le pouvoir qu’exerce aux Etats-Unis la pensée économique néo libérale pour qui le marché à toujours raison et qui considère toute  intervention de l’état comme diabolique.

Cet épais ouvrage (431 pages dont plus de 60 de notes) décortique ainsi toutes les causes du déclin économique américain – en le comparant notamment au déclin industriel de la Grande-Bretagne. Il explique pourquoi l’Amérique se refuse à le constater ce déclin.  Il définit et explique ce qu’est une bonne « politique d’innovation », terme que les auteurs préfèrent à « politique industrielle ». Il explique pourquoi une telle politique est indispensable et donne des pistes pour la mettre en place.

Le livre  plaide enfin pour la création d’un système international d’innovation jugeant que les grands organismes actuels qui datent de l’après guerre – le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC - sont démodés et totalement inadaptés pour répondre aux grands enjeux liés à la compétition mondiale telle qu’elle se présente aujourd’hui.

Et maintenant en route pour la productive recovery !

vendredi 7 septembre 2012

Le cloud, affaire d’état !

Un nuage bien français !
Mercredi c’était le jour de la présentation de Numergy, le cloud de SFR, Bull et ... de CDC

Jeudi, celui de Cloudwatt le « nuage » réunissant Orange, Thalès et… la CDC

Et vendredi dans un communiqué Arnaud Montebourg, Fleur Pellerin, et Louis Gallois (commissaire général à l’Investissement) se félicitaient « du lancement des deux premières centrales numériques de confiance françaises dans le cadre du programme des investissements d’avenir. » (centrale numérique de confiance semble le terme officiel pour cloud…)

Des ministres, des investissements d’avenir et partout la Caisse des dépôts (CDC) qui a investi 75 millions d’euros dans chaque projet (225 M€ au total chacun). On peut le dire : le cloud est une affaire d’état !

Et, faute de mieux, on ne peut que se féliciter que l’état s’en soi mêlé car l’enjeu est colossal. Le cabinet américain Forrester Research prédit par exemple que le marché du cloud passera de $41 milliards de dollars en 2011 à 241 milliards en 2020. IDC pour sa part pense que les services liés au cloud créeront 14 millions d’emplois dans le monde entre 2011 et 2015 dont plus d’un million aux Etats-Unis.

Il faut donc y être, et tant pis si l’initiative privée ne suffit pas, car le marché est aujourd’hui quasiment trusté par les entreprises américaines (Amazon, Google, IBM, HP…) qui ont dix bonnes longueurs d’avances.

L’ironie de l’histoire est que malgré cela les Etats-Unis s’inquiètent des initiatives étrangères. Un rapport du Think Tank ITIF de juillet dernier présenté devant le Committee on the Judiciary Subcommittee on Intellectual Property, Competition and the Internet, souligne les pratiques anti concurrentielles de certains états pour favoriser les clouds locaux (notamment en attisant les craintes sur la sécurité des données ou en exigeant que les serveurs soient implantés dans leur pays).

Le rapport souligne notamment l’initiative française et présente également celle du gouvernement chinois qui a bâti un complexe 7,800 mètres carrés baptisé  “Cloud Valley” qui offre des réductions d’impôts aux entreprises de cloud computing ainsi que des bureaux à bas prix pour qu’elles s’implantent à Pékin.

Dernière remarque, l’argent de l’état c’est bien, mais ça donne quand même une drôle d’image. Bull,  le partenaire informatique de Numergy, qui en connaît un rayon en matière de liens avec l’état tient ainsi à souligner : « Notre objectif n'est pas de bâtir une infrastructure répondant aux seuls besoins informatiques des entreprises et services publics français - même si la société que nous créons pourra évidemment, au même titre que d'autres, répondre à des appels d'offres publics -, mais bien de développer l'économie du Cloud non seulement en France, mais aussi plus largement en Europe. »

Bon, nous voilà rassurés.

A lire 
Le rapport de l'ITIF “Cloud Computing: An Overview of the Technology and the Issues Facing American Innovators”

jeudi 6 septembre 2012

Etes-vous prêt à entrer dans la nouvelle ère d’innovation ?

Et maintenant, en route vers
la nouvelle ère d'innovation !
Scott Anthony est l’un des responsables d’Innosight, le grand cabinet américain de conseil en innovation. Dans la dernière livraison d’Harvard Business Review il avertit : « nous sommes déjà entré dans une nouvelle ère d’innovation, la quatrième. Ce n’est que le début, mais les signes annonciateurs sont clairs. »

Si c’est la quatrième, trois l’ont donc précédée. Ce sont :
- Epoque 1 : l’innovateur inventeur solitaire, genre Edison
- Epoque 2 : les grandes entreprises avec leurs formidables départements de R&D
- Epoque 3 : les start-up

Alors cette quatrième époque ? Surprise ! Pour Scott Anthony, c’est le retour des grandes entreprises au premier plan sur des innovations majeures.

Selon lui, il y a trois raisons à cela
- Les start-up sont désormais confrontées à une  terrible pression concurrentielle. A peine ont-elles innové que des dizaines de concurrents surgissent, car l’innovation est aujourd’hui moins chère et plus facile à mener
- L’innovation produit et services tend aujourd’hui à céder la place à l’innovation de business models et ce sont les grands qui sont les mieux placés pour en profiter
- Surtout : les grandes entreprises ont adopté l’open innovation et un mode de gestion moins hiérachisé. En particulier elles ont mis en place des entrepreneurs internes, que Scott Anthony appelle catalyst (catalyseurs) ce qui s’accompagne de nouvelles méthodes de travail.

La thèse développée dans l’article est que ces fameux « catalyseurs » profitent à l’intérieur des très grandes entreprises de ressources et d’une puissance telle qu’ils peuvent développer des très vastes solutions inaccessibles aux autres. Il insiste en particulier sur la capacité de ces très grandes entreprises à innover à grande échelle dans des domaines jusque là réservés aux ONG et aux gouvernements, comme la santé.

Il cite trois exemples, dans des pays en développement, où la puissance de ces grands groupes liée à une nouvelle agilité a produit des résultats spectaculaires que, selon lui, aucune autre structure n’aurait pu accomplir, vu leur ampleur
- Le développement et la mise en place d’un vaste programme de dépistage des affections cardiaques en Inde par Medtronic
- Un produit innovant et un programme de purification d’eau pour les pays pauvres déployé par Unilever.
- Un programme de distribution de pesticides en petites doses accessibles aux fermiers les plus pauvres lancé par Syngenta et qui a démarré au Kenya.

Et pour prouver que ce modèle naissant d’innovation n’est pas réservé aux pays pauvres, un quatrième exemple est donné. Ce que fait IBM, avec son très vaste programme Smarter Cities, déjà mis en application dans plusieurs villes, dont Stockholm (où la gestion informatisée du trafic  a évité le percement d’un tunnel routier).

Convaincu donc qu’une nouvelle ère commence, Anthony pense qu’il faut s’y préparer et donne quatre pistes
- Il avertit que le capital risque doit revoir son modèle pour ;l’adapter à la nouvelle donne
- Il conseille aux jeunes innovateurs de regarder à nouveau du côté des grands groupes
- Il incite les patrons des grandes entreprises à vérifier si leur entreprise est prête à accorder la place qu’il faut aux « catalyseurs »
- Il dit aux employés qui ne sont pas satisfait d’aller regarder ailleurs, c'est-à-dire là où leur mode de travail de catalyseur  est accepté.

A lire 
L’article (payant) de Scott Anthony : The new corporate garage

mercredi 5 septembre 2012

Que veulent les industriels américains ?


Avec Obama, les Etats-Unis sont eux aussi des adeptes du redressement productif. Du coup les mêmes questions qui taraudent notre ministre du redressement productif se posent à l’administration américaine. Comment doper le manufacturing ?

Mais que pensent les industriels américains ? Que souhaitent-ils ?  D’après un article du Wall Street Journal (Industry Seeks Tax Fix, article payant)  les trois principales mesures qu’ils attendent sont

1. Une baisse de la « corporate taxe » 
Chacun son truc. Ici c’est le coût du travail, là bas l’impôt sur les sociétés. Il faut dire que d’après une récente étude de la School of Public Policy de l’Université de  Calgary les US seraient le pays de l’OCDE où les impôts sur les sociétés sont les plus importants. Le taux marginal effectif pour la fabricants américains se monte selon l’étude à 35,6% en 2012.

2. De meilleures infrastructures
Pour une fois voilà un problème que  nous n’avons pas alors que depuis 1970, les US ont vraiment négligé leurs infrastructures et « dramatiquement sous investi ». L’article indique par exemple que les américains sont amenés à utiliser les ports canadiens pour leurs importations de pièces car les leurs sont en trop mauvais état.

3. De meilleures formations 
Cette fois le sujet est universellement partagé. Les industriels américains attendent de meilleures performances du système éducatif, particulièrement en maths, physique, ingénierie.  Le problème, là bas également, est le manque de main d’œuvre qualifiée, notamment pour faire fonctionner et maintenir les outils de production sophistiqués des usines. « Vous pouvez avoir tous les crédits d’impôts que vous voulez, si vous ne disposez pas des compétences nécessaires, cela ne sert à rien » dit l’un des inrterviewés.

mardi 4 septembre 2012

Les “infratechnologies” boostent l’innovation


Nesta est une fondation britannique pour l’innovation. Elle vient de publier un rapport signé par Agnès Estibals intitulé « Infratechnologies – The building block of innovation-based industrial competitiveness ».

Qu’est ce que les infratechnologies ? Des sous-technologies ? Non des technologies qui sous-tendent les technologies, des technologies d’infrastructures. Ce sont «  les standards, le test, l’inspection, la certification et plus généralement les études de faisabilité techniques » et dit l’étude, « ces technologies et les institutions qui les supportent jouent le rôle de passerelles entre la recherche scientifique et le monde de l’entreprise  et entre les entreprises elles-mêmes. » 

Ces institutions forment un groupe diversifié : les une font partie du secteur public, d’autres sont privée, on y trouve des associations d’entreprises, des laboratoires, des instituts  etc.

Pour l’auteur ces infratechnologies ont « un puissant effet catalytique » et sont en partie responsables des succès des économies innovantes telles que l’Allemagne ou la Corée.

Ce rapport analyse en détail le mode d’action et le rôle des infratechnologies dans l’innovation en s’intéressant au cas spécifique de la mesure et des organisations de standardisation.

A lire 
 Infratechnologies – The building block of innovation-based industrial competitiveness (46 pages en anglais )

lundi 3 septembre 2012

Obama veut accélérer les économies d’énergie dans l’industrie avec la cogénération

Objectif : 40 GW supplémentaires
 en cogénération d'ici à 2020
Le 30 août dernier, le président Obama à signé une résolution pour promouvoir les économies d’énergie dans l’industrie. Cet effort devrait permettre à l’industrie d’économiser 100 milliards de dollars sur 10 ans ce qui aura un impact favorable sur les résultats et sur la compétitivité de l’industrie américaine ainsin que sur l’emploi. .

Selon la Maison Blanche, bien que l’industrie, qui consomme 30% de l’énergie américaine, se soit déjà engagée dans la voie de l’efficacité énergétique, il y a une opportunité de réduire la consommation d’énergie grâce à de nouveaux process tels que l’usage sur site de l’utilisation combinée de chaleur et de puissance, autrement dit de la cogénération.  

La résolution vise ainsi un  nouvel objectif de 40 GW de nouvelles installations de cogénération à l’horizon 2020, soit une augmentation de 50% par rapport à aujourd’hui.

Les 10 milliards annuels d’économies en énergie se traduiraient par « 40 à 80 milliards de nouveaux investissements ce qui conduirait à de nouveaux emplois dans l’industrie et à une réduction des émissions égale à celle de 25 millions de voitures. » dit le communiqué.

A lire 
Le communiqué de la Maison Blanche 

vendredi 31 août 2012

Le manufacturing est aussi une affaire de sécurité intérieure...


C’est un rapport de l’Alliance for American Manufacturing qui ne néglige aucune piste pour promouvoir la production aux Etats-Unis. Il met en effet en évidence la nécessité d’une industrie manufacturière forte pour faire face et répondre aux catastrophes, naturelles ou produites par l’homme, et souligne l’importance du manufacturing pour la sécurité intérieure des Etats-Unis. Il a été rédigé par deux ex responsables de l’US  Department of Homeland Security (sécurité intérieure américaine).

« Revitaliser les capacités de production américaines doit devenir une priorité claire et urgente à tous les niveaux du gouvernement et chez les responsables de l’industrie. La vitalité future de notre sécurité économique et nationale est intimement liée à nos capacités de production domestiques » écrivent les auteurs. Tom Ridge est ex secrétaire du Homeland Security et ancien gouverneur de Pennsylvanie, Robert Stephan ex Homeland Security est également un ancien colonel de l’US Air Force.

Ridge and Stephan  s’intéressent en particulier aux secteurs l’acier, l’eau et les réseaux électriques  - les plus critiques en termes de prévention et d’efforts de reconstruction après les désastres. Ils prônent aussi quelques solutions pour revitaliser l’industrie et notamment l’investissement dans les infrastructures en utilisant des matériaux produits aux US. 

Il est vrai, à ce propos, que les américains en général, et l’Alliance for American Manufacturing en particulier, n’arrivent pas digérer le fait que les travaux de rénovation du Bay Bridge à San Francisco se fassent en bonne partie avec de l’acier… chinois ! Et de fait, beaucoup d’entreprises chinoises sont impliquées dans des travaux d’infrastructure comme on peut le lire dans cet article : China’s growing role un US infrastructure 

Télécharger le rapport
Le rapport de l’AAM : Preparing for the 21st century Risks. Revitalizing American manufacturing to protect, respond and recover (46 pages )

jeudi 30 août 2012

Pourquoi l’emploi n’est pas près de repartir (indication : c’est la faute au numérique…)


Comment se fait-il qu’aux Etats-Unis alors que la productivité progresse régulièrement depuis des décennies et que, hors crises, le PIB augmente également significativement, on se trouve actuellement dans une situation de fort chômage et que, pire encore, la reprise économique ne s’accompagne pas d’une reprise équivalente des embauches ?

Et comment se fait-il que, alors que la richesse globale des USA a progressé lors de la dernière décennie, le revenu médian des américains soit en forte baisse ?  La famille moyenne gagne moins  en 2009 qu’en 1999.

Et comment se fait-il enfin, comme dirait Louis de Funès/Don Salluste, que les riches sont encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres ? 

Les économistes apportent diverses réponses. Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, deux économistes du Massachusetts Institute of Technology ont la leur, qu’ils présentent dans un très intéressant livre que je viens de découvrir : Race Against The Machine.

Leur explication : c’est essentiellement la révolution numérique qui est responsable de cet état de fait. C’est d’ailleurs ce que souligne le long sous-titre de leur court ouvrage (76 pages)  : How the digital revolution is accelerating innovation, driving productivity and irreversibly transforming employement and the economy. Tout est dit, ou presque.

Leur idée est donc que le développement des systèmes d’information toujours puissants et l’automatisation qui en résulte a rendu et rend de très nombreux emplois non qualifiés inutiles et a pour effet de substituer le capital au travail. Bref qu’avec les progrès des ordinateurs, on se passe de plus en plus des gens qui ne sont pas très qualifiés – et désormais pas seulement dans les emplois industriels mais aussi ceux de service avec de la valeur ajoutée intellectuelle -  et qu’on a plus besoin de les payer autant.

Ce point de vue sur l’impact de l’automatisation n’est peut être pas excessivement original, mais où cela devient intéressant est que selon nos auteurs cela ne devrait faire que s’accélérer.

Pour résumer leur thèse on peut dire que selon eux, en matière d’informatique, on est en train de passer un seuil où chaque avancée technologique (comme le doublement habituel de la puissance des processeurs tous les 18 mois ) aura un impact encore bien plus fort que tout ce qui a pu se produire jusque là. Bref, on a encore rien vu !

Pour l’expliquer ils reprennent l’histoire de l’échiquier sur lequel on met un grain de riz sur la première case, deux sur la seconde, quatre sur la troisième et ainsi de suite en doublant à chaque case. On sait qu’à la case 64 il y aura des quantités phénoménales de riz : un Everest en grains de riz ! Mais ils notent que jusqu’à la case 32, soit 4 milliards de grains de riz, le phénomène reste dans des proportions encore raisonnables. Ce n’est à partir de là –la seconde moitié de l’échiquier -  que les nombres se mettent à exploser.

Et selon eux, cette case 32 est celle sur laquelle on se trouve aujourd’hui en termes de technologies de l’information. Autrement dit, tout nouveau progrès, tout doublement de puissance aura désormais des effets explosifs !

L’emploi n’est donc pas près de repartir rapidement…  Ce qui n’empêche pas les auteurs, qui essaient en fin d’ouvrage de donner quelques pistes pour s’en sortir, de penser qu’à long terme, la troisième révolution industrielle, celle du numérique, se révélera une formidable corne d’abondance. 

En attendant, comme on dit là bas, it’s going to get worse before it gets better

Je ne peux en tout cas  que recommander la lecture de ce livre qui évidemment en dit plus long que ce rapide survol.

Et j’en profite pour vous faire partager mon expérience. Le livre est disponible pour environ 3 euros en version numérique pour Kindle sur le site d’Amazon. Mais j’ai pu le télécharger sur mon iPad depuis le site d’Amazon quand j’ai découvert qu’un petit logiciel permet de transformer un PC, un Mac, un iPad ou un iPhone en lecteur Kindle (il s’appelle Kindle for PC ou iPad…). Peut-être le saviez-vous ? Moi pas. La révolution numérique a encore frappé !

mercredi 29 août 2012

Impression 3D : même le gouvernement américain s’y met

Déjà largement utilisée par l'industrie
L’engouement pour l’impression 3D – nom sous lequel s’est popularisée la stéréolithographie encore appelée fabrication additive –  ne se dément pas. D’un côté on a eu droit il y a peu à un reportage au JT de 20 heures sur l’utilisation de ces machines 3D pour la fabrication personnelle (voir lien ci-dessous). Les journalistes avaient même fait l’effort d’apporter une imprimante 3D sur le plateau.

Cette présentation au 20 heures témoigne indubitablement de la popularité croissante de cette techno qui permet de réaliser des pièces de toutes formes en déposant des couches successives de matière.

Dans le domaine de la production industrielle où cette technologie est utilisée de longue date notamment pour la fabrication de pièces prototypes, l’événement du mois est d’un autre ordre : le lancement le 15 août dernier par la Maison Blanche du National Additive Manufacturing Innovation Institute (NAMII). Un centre de recherche en partenariat public privé consacré à l’impression 3D. Il recevra 30 millions de dollars du gouvernement fédéral venant s’ajouter aux 40 milions apportés par le consortium comprenant divers universités et entreprises.

Et en 2013, le Nist (National Institute of Standards and Technology) prévoit en outre de débloquer des crédits pour la recherche appliquée en matière de mesure pour la fabrication additive.

Cet institut est le premier d’un réseau de 15 instituts pour le manufacturing annoncé en mars dernier par Obama et auquel le gouvernement accordera 1 milliard de dollars en 2013 (voir lien ci-dessous)

Un petit rappel maintenant, pour vous faire pleurer de dépit. Savez-vous que la stéréolithographie a été inventée et brevetée en France ?  C’est une équipe constituée d'Alain le Méhauté (Alcatel) Olivier de Witte (Cilas) et de Jean-Claude André (CNRS) qui l’ont brevetée en 1984.

 Alcatel et Cilas abandonneront rapidement ces brevets. Ils jugent en effet que l'invention... n'a pas d'avenir. Elle fera pourtant la fortune de l'américain Chuck Hull et de son entreprise, 3D Systems. Elle mettra sur le marché en 1986 le premier d'une longue série de produits professionnels. L'entreprise a été suivie par bien d’autres et désormais par ceux qui proposent des machines pour amateurs à moins de 1000 euros. Et la stéréolithographie est aujourd’hui considérée par tous comme une des technologie d’avenir les plus prometteuses...

A lire aussi
Le communiqué du Nist sur la création de l’institut 
L’article consacré à la fabrication personnelle sur ce blog 
L’article consacré l’investissement d’un milliard de dollars dans 15 instituts pour le manufacturing 

mardi 28 août 2012

Pourquoi le premier ministre s’intéresse aux gaz de schiste…

Fracking or not fracking ? 
Lorsqu’on regarde ce qui se passe aux Etats-Unis en matière d’énergie et de gaz de schiste, on ne peut que se désoler du stupide blocage - décidé, par un gouvernement de  droite !- concernant cette source d’énergie. Les bénéfices tous azimuts – et en particulier sur le manufacturing – liés à l’exploitation débridée du gaz de schiste aux US ont en effet de quoi faire réfléchir et même saliver...

D’ailleurs, avant l’été le fameux Claude Allègre avait écrit un excellent article - au ton mesuré, à l’analyse fine et sans provocation…-  dans Le Point  pour dédiaboliser cette énergie (lien ci-dessous).

Bref, voici ce qu’écrit le Département américain de l’énergie dans son Annual Energy Outlook 2012 publié en juin dernier. Il fait état
- d’une modeste croissance de la demande en énergie dans les 25 ans à venir
- et d’une augmentation  de la production locale de pétrole et de gaz naturel  grâce au gaz de schistes dans ce dernier cas.

Résultat :
- « La production domestique de gaz aux Etats-Unis dépassera la consommation, ouvrant la voie à des exportations nettes ». 
- « La production d’électricité sera de plus en plus réalisée à partir de gaz et de renouvelables » (au lieu de charbon, notamment)
- « Les émissions de CO2 liées à l’énergie resteront de 2010 à 2035 en dessous de leur niveau de 2005 et cela même en absence de nouvelles réglementations. »

Dans le même temps, la production de gaz de schistes passera de 5000 milliards de pieds cube par an en 2010 (23% de la production de gaz américaine) à 13600 milliards de pieds cube par an en 2035 (49% de la production)

Et maintenant, regardez les chiffres publiés par l' American Chemistry Council qui analyse l’impact sur l’industrie d’une croissance, hypothétique mais réaliste,  de 25% de la production d’éthane permise par le gaz (de schiste) à bon marché. Cela générerait :
- 17 000 nouveaux emplois de haut niveau dans l’industrie chimique US
- 395000 emplois nouveaux hors industrie chimique
- 4,4 milliards d’apports en taxes fédérales et autres taxes
- 134 milliards de dollars de production économique supplémentaire
- Etc.

Certes, ces braves gens prêchent pour leur paroisse. Mais quand même, en ces temps de disette, et sachant que la France dispose de significatives réserves de gaz de schiste, on ne peut s’empêcher de se demander si on a bien fait de céder aux fantaisies de José Bové… Même si la France n’est pas les US et que pour diverses raisons (dont le code minier) les bénéfices ne sont pas nécessairement aussi rapides et aussi considérables on comprend que le premier ministre, ainsi d’ailleurs qu’Arnaud Montebourg, soit tenté de rouvrir le dossier. 

Le pire est que face à la légitime préoccupation – à mon avis -  du premier ministre, la droite en rajoute pour exploiter la position effectivement  très inconfortable des meilleurs amis des écologistes.  Nathalie Kosciusko-Morizet, se félicite ainsi d'avoir obtenu en son temps le retrait des permis d'explorer et dénonce  « la duplicité de ce gouvernement sur l'écologie ». Bref, sur ce dossier tout le monde semble à contre-emploi :  la polytechnicienne de droite avance les pions de Bové. Et la gauche verte semble rouler pour Total… 

A lire aussi
Monsieur Hollande, n'ayez pas peur des gaz de schiste ! , l’article de Claude Allègre dans Le Point.  

lundi 27 août 2012

Ce que Montebourg va voir chez Atol


Arnaud Montebourg se rend aujourd'hui dans l'usine Atol, à Beaune (21). J'y étais allé il n'y a pas très longtemps et j'avais fait un papier (initialement publié sur le site de La Fabrique de l'Industrie). Le voici. Il raconte l'histoire de la relocalisation des lunettes d'Atol, l'opticien cher à Antoine. 


Hier 100% en Chine. Aujourd'hui, 30% en France
Jusqu’en 2005, le groupe coopératif Atol, qui regroupe 770 opticiens indépendants, fabriquait l’intégralité de ses montures de lunettes en Chine. Et réalisait l’assemblage verres-monture en Thaïlande.

En 2012, changement de décor. Environ 30 % de ses montures, soit quelque 300 000 unités par an, sont produites en France, dans le Jura en particulier. La région, avec les villes d’Oyonnax et de Morez spécialisées de longue date dans la lunetterie (plastique pour la première, métallique pour l’autre), avait souffert des délocalisations. C'est peu dire que ce retour est apprécié. Quant à l’assemblage, il a été rapatrié à Beaune (Côte d’or). Et ce n’est qu’un début.

Le retour en France de la production de montures de lunettes a été initié chez Atol, bien avant que le « made in France » ne soit devenu d’actualité. « En réalité, depuis 2005, le PDG de l’entreprise avait pris conscience des limites du tout asiatique » raconte Cedric Veille, directeur des opérations du site de Beaune. L'année 2009 verra la première collection Atol sortir des sites français. Depuis, chaque année, une nouvelle collection est lancée et fabriquée en France.

Pourquoi relocaliser ? Réponse : pour gagner en qualité et en réactivité. « Les deux motivations sont inséparables » affirme Cedric Veille. S’y ajoute l'objectif de montée en gamme, à la fois cause et effet de ce retour aux sources. En termes de réactivité, les chiffres parlent d’eux mêmes : le délai entre une prise de commande et la livraison est désormais de deux à trois semaines. En passant par la Chine, il fallait quatre mois !

Idem pour le délai de développement d’une nouvelle gamme. Sur les sites français, deux mois suffisent pour passer du prototype à la livraison, temps qui comprend toute la phase de création d’outillage et d’industrialisation. Lorsque les produits étaient fabriqués en Asie, le délai atteignait au moins six mois. Si l’on ajoute à cela l’interactivité des équipes de développement avec les fabricants – ils sont à une heure de voiture – et l’amélioration de la qualité, on comprend qu’Atol supporte sans broncher l’augmentation de coût « de 15 à 30 % » qu’implique la production en France.

Pour cette production, Atol s’appuie sur des sous-traitants, des PME de moins de 50 salariés, fortes de leur savoir-faire. Si beaucoup d’entreprises du Jura ont mis la clé sous la porte, il en est heureusement resté suffisamment pour reprendre le flambeau. Atol en prend soin : « nous sommes souvent amenés à financer tout ou partie de leur outillage » dit Cedric Veille.

Mieux, afin d’assure la compétitivité de ses sous-traitants, Atol réalise du transfert de technologie à leur usage : des machines d’impression numérique par exemple (dérivées de produits pour l’affichage), des systèmes de découpe laser (adaptés de machines pour la chirurgie) ou encore des presses d’injection sophistiquées.

Les lunettes d’entrée de gamme, en particulier les fameuses « secondes paires à 1 euro », sont toujours issues d’Asie. Celle-ci demeure imbattable sur les coûts. Mais, confie Cedric Veille, « depuis quelques mois nous étudions les solutions technologiques susceptibles de permettre un retour de la production en France. »

Atol a également rapatrié, dans ses propres locaux cette fois, le montage des lunettes. Là encore, qualité et réactivité sont au rendez-vous. L’entreprise a notamment investi 1,5 million d’euro dans un système automatisé de machines et de convoyeurs qui lui permet de découper avec une très grande précision les verres et de les adapter parfaitement aux montures. Le montage du verre dans la monture est alors réalisé manuellement, par une équipe de seize personnes. Elle assemble ainsi environ 130 000 paires par an. Le reste est effectué en magasin.

Le grand vent de « made in France » qui souffle sur Beaune n’a pas touché que la production. La logistique est en effet le cœur du métier d’Atol. Travaillant en flux tendu, Atol livre chaque jour l’intégralité des ses 770 opticiens. Basée à Dijon jusqu’en 2007 l’entreprise s’est installée à Beaune afin d’être plus proche de ses transporteurs. A cette occasion elle a brièvement songé à délocaliser son centre d’appel au Maroc. Elle a finalement décidé de le conserver et même d’augmenter son effectif.

Explication : ce centre d’appel téléphonique ne traite certes qu'une partie des commandes quotidiennes des opticiens (environ 20 %) mais il joue un rôle important dans la qualité de service. D’où son développement à Beaune. Et si l’entreprise s’efforce de faire croître les prises de commandes informatisées, elle n’envisage pas de le faire au détriment du centre « dont les activités seront davantage orientées vers le conseil », confie Christelle Burgain, sa responsable.